‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 120 sur 250 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

« l'Europe, et peuvent lui être plus utiles que jamais, nous com- « paraissons devant les souverains et les nations, avec la certitude « que la voix de la politique et de l'humanité se feront également

« entendre en notre faveur Si la Providence a destiné cette

« terre à un asservissement perpétuel, et si, dans cette dernière « lutte, la liberté de la Pologne doit succomber sous les ruines de « ses villes et les cadavres de ses défenseurs, notre ennemi ne ré- « gnera que sur des déserts; et tout bon Polonais emportera en « mourant cette consolation qu'il a, du moins, par ce combat à « mort, mis à couvert pour un moment la liberté de l'Europe « menacée.»

Ce grand et mélancolique appel s'adressait particulièrement à la France. Tournée du côté de l'Occident, la Pologne invoquait le génie tutélaire de ce peuple français qui jadis était allé sauver les chrétiens de Terre-Sainte ; qui avait rempli de la valeur de ses chevaliers toute l'histoire du moyen-àge; qui. à la veille d'une révolution profonde et mémorable, avait envoyé les plus nobles d'entre ses enfants au secours de la jeune liberté du Nouveau- Monde ; qui, sur la fin du 18e siècle, avait, pour propager une doctrine de fraternité, inondé de son sang les champs de bataille et les échafauds; qui, sous l'Empire, enfin, s'était consumé en efforts mortels, pour ouvrir aux nations les plus faibles, les libres routes de l'Océan Peuple d'ardents soldats et d'aventuriers généreux! Mais, par un bizarre concours de fatalités historiques, sur ces soldats et ces aventuriers pesait un gouvernement de froids calculateurs. Dans le moment même où, des bords de la Vistule, tous les bras étaient tendus vers nous, le Cabinet du Palais-Royal laissait mettre à sa réconciliation avec la Cour de Russie, les conditions les plus humiliantes et lesplus dures.

'Mil HISTOIRE DE I)l\ ANS.

l>;ins sa haine pour la maison d'Orléans, l'empereur

Nicolas avait envoyé un ordre il»' rappel à son ambassadeur en France, M. Pozzo di Borgo. Cette nouvelle consterna le Château. Maison y était instruit de l'estime et de l'affection que l'empereur de Russie portait au duc de Mortemart. Nul doute que la paix ne fût obtenue si on employait un semblable intermédiaire. Nicolas le désignait comme le seul qu'il fui disposé à recevoir favorablement. On sonda les dispositions du duc de Mortemart. Il ne voulait point partir pour Saint-Pétersbourg, et on dut employer, pour l'y déterminer, les sollicitations les plus pressantes. Il s'obstinait dans son relus, lorsqu'une lettre du comte de Nesselrodevint lui apprendre que son acceptation serait agréable à l'empereur. M. Pozzo di Borgo, de son côté, lui écrivait : « Après votre nomination et son insertion au Moniteur, je présenterai immédiatement u mes lettres de créance. 1»

1 Nous avons sous les yeus les originaux des lettres de MM. Ncsselrode 1 1 Pozzo di Borgo, lettres précieuses et inédites que M. de Mortemart veut bien nous communiquer, et que voici :

« L'Empereur me charge, mon cher duc, de vous témoigner de sa part combien la mission qui doit vous ramener en Russie lui est personnellement agiéable. Dans cette circonstance il a daigné se rappeler, qu'en prenant congé, vous lui avez donné l'assurance que, si jamais l'occasion se présentait de rendre un service spécial à l'union entre la Russie et la France, vous seriez prêta revenir auprès de sa Majesté, afin de consacrer tous vos efforts pour obtenir un résultat aussi conforme aux intérêts des deux Empires, qu'il serait d'accord avec les intentions et les vieux de l'empereur.

« Vous venez de prouver, mon cher duc, que vous tenez à remplir votre promesse. Sa Majesté se plait à vous le dire. Elle aimera encore davantage à vous le répéter de vive voix. Je n'ajouterai rien de plus aujourd'hui, car vous connaissez trop bien les sentiments de l'Empereur à votre égard, pour ne pas être sûr de la satisfaction avec laquelle sa Majesté verra de nouveau auprès d'elle un compagnon d'armes de la guerre de Turquie, qu'elle se plait à honorer de son estime et de sa confiance.

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