CHAPITRE VU
La crainte devoir une guerre s'allumer entre la Russie et la France, si on n'obtempérait pas au désir de l'Empereur, vainquit les répugnances du duc de Mortemart. Nommé ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg par le gouvernement français, après l'avoir été en quelque sorte par le gouvernement russe, il se mit en route. Ses instructions étaient de nouer aussi étroitement que possible l'alliance des deux Cabinets, sur les bases posées par les traités de Vienne, et, à l'égard de la Pologne, d'implorer la clémence de l'empereur.
M. Sébastiani feignait de croire que la Pologne n'attendait que pitié de celui qui avait été si long-temps son maître. Il savait, cependant, par Wolycki, agent polonais, que la mission pacifique de Lubeckiet de Jezierski auprès du Czar n'était due qu'aux hésitations personnelles du dic-
c Permettez-moi, en mon particulier, de vous exprimer le plaisir bien sincère que j'aurais à renouer avec vous, mon cher duc, des relations auxquelles j'ai toujours attaché tant de prix.
« Recevez-en l'assurance, ainsi que celle de ma haute considération et de ma sincère amitié.
« Signé : Nesselrode.
« Saint-Pétersbourg, ce 11 décembre 1830. » o Mon cher duc, « Un courrier qui m'est arrivé cette nuit apporte la nouvelle que l'Empereur tous recevra avec la plus vive satisfaction, vous en trouverez une preuve de plus dans la lettre ci-jointe pour vous du comte de Xesselrode. Je viens de communiquer ces heureux renseignements au général Sébastiani qui est allé en rendre compte au Roi. Après votre nomination et son insertion au Moniteur, je présenterai immédiatement mes lettres de créance. Gardez en attendant tout cela pour vous seul. Parlez-en cependant avec le Roi et le ministre, et hâtez ce qui doit précéder votre départ. « Agréez mes compliments bien sincères et tous mes sentiments.
« Votre très-dévoué,
a Signé : Pozzo di Borgo.
« Jeudi 7 janvier. »
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tateurde Varsovie. Quant à la Pologne. Wolycki n'avait pas caché au ministre qu'elle n'attendait rien que de son épée.
A son passage par Berlin, le duc de Mortemart rencontra un agent diplomatique de la Pologne, qui lui fil part d'une proposition soumise à la Diète et relative à la déchéance de la maison de lîomanou". Tremblant à la vue des dangers que la Pologne appelait sur elle, et persuadé que, le gouvernement français l'abandonnant, elle allait s'abîmer dans une impossible résistance. M. de Mortemart s'attacha vivement à déconseiller toute mesure violente. Il était trop tard : la Pologne en étail déjà venue au point de ne plus écouter que son désespoir.
D'ailleurs, la réponse de Nicolas, si long-temps attendue, était arrivée à Varsovie le 1 5 janvier 1 831 .
Le Czar y encourageait la fidélité du dictateur par d'adroites flatteries, mais il entendait que la Pologne se rendit à discrétion. Chlopicki paraissait disposé à obéir; la Diète, au contraire, voulait courir les chances d'uneguerre à mort, tue rupture éclata donc, le 19 janvier, entre la Diète et Cblopicki; et celui-ci déposa la dictature, après une scène terrible où il s'était emporté jusqu'à frapper les portes de la botte et du poing. Czartoryski essaya vainement de l'apaiser; vainement il le supplia d'accepter, du moins, le commandement de l'armée. « Non, non, s'écria- « t-il, je serais un gredinsi j'acceptais. » A cette nouvelle, les soldats montrèrent une affliction profonde ; les hommes du mouvement cherchèrent à émeuter le peuple contre l'ex-dictateur, et quelques-uns allèrent jusqu'à l'accuser de trahison. Lui, sûr de sa vertu, il affichait son mépris pour de tels soupçons, et il se promenait sans uniforme dans les rues de Varsovie, tranquille et respecté.