CHAPITRE VIII
crable cette maxime des Gallicans qu'un prince une fois établi peut tout se permettre impunément, comme si la tyrannie ne devait avoir d'autre remède que la volonté du tyran même ; ils applaudissaient d'avance à toutes les révolutions nées d'une juste résistance à la force brutale : en un mot. ils s'avouaient partisans de la souveraineté du peuple, s'appuyant en cela de l'autorité de saint Thomas, et sans s'inquiéter si la souveraineté du peuple en politique ne conduisait point à la souveraineté des fidèles en religion. On voit tout ce qu'il y avait d'heureuse témérité en ces prédications. C'était l'ultramontanisme appelé au secours de la liberté : c'était le despotisme des rois immolé, par l'ordre de Dieu , à ces deux grandes puissances . le pape et le peuple. L'Avenir fut saisi, défendu avec éloquence par M. Janvier, approuvé dans ses doctrines par le ministère public, et acquitté. Triomphe qui ne faisait qu'ouvrir à M. de Lamennais la carrière des persécutions! Mais que pouvait la persécution sur un homme de cette trempe ? Pour savoir ce qu'il était capable de souffrir par l'àme et par la pensée, il suffisait de voir combien son corps était débile, combien sa voix était faible, combien était malade et sillonné son visage, où une fermeté. indomptable se révélait, pourtant, dans l'énergique dessin de la bouche et la flamme du regard. Doué d'une sensibilité composée en quelque sorte de violence et de tendresse, plein de fougue et de charité tout à la fois, ardent et résigné tour-à-tour, chez lui le tribun s'élevait jusqu'à l'apôtre, et le soldat jusqu'au martyr. Variable, d'ailleurs, dans ses convictions, à force de dévoùment et de sincérité, il apportait dans sa passion pour le vrai ce genre de despotisme eue donne l'habitude rlp? méditations solitaires, et.
sans ménagements pour les erreurs, y comprislessienoec^ il était prêl à tout oser contre les autresetcontrelui-mèm<\
Au sein de cette agitation et en présence de tels adversaires, le pouvoir se rapetissait de jour en jour. Au lieu de se mettre à la tète du mouvement qui emportait les esprits, pour le régler et le diriger, seul moyen <• ••• prévenir les dangers sans en étouffer la sève, il n'oppo3&rt aux idées naissantes que des taquineries ou de l'indil renée. Le ministère de l'intérieur, occupé par If. de Montalivet, était absorbé tout entier par des intrigues de Cour, des détails d'administration ou de petite police. Nulle direction venue d'en baut. nulle initiative vigoureuse. L'autorité ne comptait plus que comme obstacle, et de là son discrédit. Car c'est le sort des gouvernements nés d'une révolution de n'être respectés qu'à la condition de prouver leur importance et de suppléer par l'éclat de leurs services au prestige d'une origine indépendante.
Les Chambres, cependant, poursuivaient leurs travaux. Une loi fut portée l qui disposait qu'à l'avenir le nombre des conseillers ou juges dans les cours d'assises serait réduit de cinq à trois; que la décision du jury se formerait contre l'accusé à la majorité de plus de sept voix, et que certains articles du code d'instruction criminelle seraient abrogés comme attentatoires à la souveraineté du j un . Suivant l'esprit de l'institution du jury, les jurés, on le sait, sont appelés à déclarer si le délit existe, et c'est aux juges d'appliquer la peine. Eh bien, d'après le code d'in-
1 Loi relative à la composition des cours d'assises et aux déclarations du jury. — Adoptée provisoirement par la Chambre des députés, le 11 janvier 1S31 , amendée parla chambre des pairs le 11 février 1831, et définitivement adoptée le 26 février 18 31.