‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 143 sur 250 · CHAPITRE VIII. 2S · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. 2S

politique d'expédients, ne voyaient qu'une politique sans dignité. M. Chambolle. secrétaire de la présidence à la Chambre des députés, étant allé voir sur ces entrefaites M. Casimir Périer : « Eh bien, lui dit M. Périer, avec un « emportement dont les convenances nous forcent de <c modérer l'expression, le roi sacrifie ses armoiries? « C'était le lendemain de la révolution qu'il fallait s'y « résoudre, et je le lui conseillais, moi ! Mais non. Il ne « voulait pas alors qu'on les effaçât, ces fleurs de lys aux- « quelles il tient plus encore que les aînés. Maintenant l'ë- « meute passe sous ses fenêtres, et le voilà qui jette son « écusson dans le ruisseau! »

Depuis le 15 février. Paris vivait d'une vie brûlante, dont plusieurs mouvements tumultueux révélèrent l'ardeur sans l'épuiser. Dans un de ces mouvements, excité par la fausse nouvelle que ,es Polonais venaient d'être battus, l'ambassadeur de Russie fut insulté et les vitres de son hôtel furent brisées à coups de pierres. Mais des démonstrations plus dignes de la France témoignèrent de ses sympathies pour la Pologne : un grand nombred'étudiants. sur l'appel de M. Allier, parcoururent la ville, tristes, silencieux et recueillis : ils portaient un drapeau tricolore entouré d'un crêpe, et l'allèrent déposer sur les fosses creusées au pied du Louvre. Vers le même temps, de pauvres ouvriers se rassemblèrent aux environs du Palais-Pioyal. Ils ne descendaient dans la rue. ceux-là, ni pour abattre les croix et dégrader des monuments, ni pour faire asseoir le carnaval sur l'autel ; ils criaient seulement : de l'outrage et du pain! On marcha sur eux la baïonnette au bout du fusil.

Quant au roi, il ne manquait jamais, le lendemain des

émotions populaires, de se montrer sur les places publiques, accompagné de ses enfants : il accoutumait ainsi les esprits à confondre le rétablissement de l'ordre avec la conservation de sa personne et de sa race.

Au reste, la Cour avait, pour détourner d'elle les colères de l'Opposition, non-seulement l'obscurité qui couvrait encore une partit' de sa politique, mais l'impopularité croissante de la Chambre, et surtout. L'impopularité des hommes qui la dirigeaient.

De ces hommes, le plus influent était M. Dupin aine. Composée de bourgeois peu délicats par l'esprit et par les mœurs, la majorité de la Chambre aimait dans M. Dupin aine un geste impatient, des mouvements brusques, une rusticité pleine de fiel, une figure expressive et dure, une éloquence dont rien ne modérait l'àpreté, une certaine façon aussi étroite que pittoresque de présenter les questions, un heureux bon sens, l'art enfin de relever par une saillie décisive ou un tour vit des idées triviales et des sentiments vulgaires. M. Dupin avait les qualités et les défauts qui réussissent dans une assemblée d*hommes de robe et de marchands. Car son goût pour l'argent se traduisait en principes d'économie ; il parlait avec turbulence de protéger l'ordre, et professait avec colère une fausse théorie de modération. Dévoué au roi sans scrupule, il apportait dans son rôle de courtisan une rudesse qui en masquait l'humilité. Les esprits superficiels prenaient aisément pour de l'indépendance les accès de ce dévoùment boudeur, et les services que M. Dupin rendait à la Cour n'en étaient que plus précieux. C'était l'orateur qui convenait le mieux à la politique du Château, parce qu'il en suivait à merveille les phases changeantes, grâce à une

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