CHAPITRE Mil. 2S
.Nous avons dit quelle secousse en 1830 avait été donnée au monde. Nulle part l'impression n'avait été plus vive qu'en Italie. De tous côtés les patriotes italiens s'agitèrent. L'un d'eux, le célèbre et infortuné Menotti. était depuis long-temps l'ami de François VI, duc de Modène. et ils avaient formé ensemble des projets dont le but était, pour celui-ci, l'acquisition d'une couronne, pour celui-là, l'indépendance de l'Italie. On a cru que leurs communes espérances s'appuyaient sur des engagements secrets pris en France par de hauts personnages.
Une conversation que par l'entremise de M. Misley le duc de Modène eut avec M. Camillo Manzini au mois d'octobre, dans un secret réduit du palais ducal, pourra donner une idée des sentiments de ce prince. Le duc accueillit le conspirateur avec une affabilité extrême. « Vous pouvez, lui dit-il. m'ouvrir toute votre àme : ma a parole d'honneur, que je vous donne ici. vous met h à l'abri de tout danger. » M. Manzini répondit que sa confiance était entière : que la facilité avec laquelle il s'était prêté à une semblable entrevue en était la preuve, puisque nul n'ignorait que ses principes étaient républicains. « C'est à cause de ces principes et de la u manière dont vous les avez soutenus, interrompit le o prince, que vous possédez toute mon estime. » Et l'entretien l'amenant à parler des libéraux italiens en général, il déclara que le rôle qu'il avait été forcé de prendre en Italie lui interdisait l'espoir de voir se rallier à lui les libéraux, ceux de la Romagne, surtout, qui, bien injustement, lui attribuaient tous leurs maux. M. Manzini s'efforça de persuader au duc que. dans les comités formés en France et en Angleterre pour la réalisation du projet, et
même parmi les chefs romagnols, on n'attendait plus que des preuves de la loyauté de ses intentions. Mais le duc «le Modène paraissait craindre qu'après s'être servi de lui comme d'un instrument, les patriotes italiens, au lieu de
le couronner roi constitutionnel, ne fissent tourner la révolution à la république. Il termina l'entretien en chargeant M. Manzini de ses remerciments pour tous les braves patriotes qui l'avaient investi de leur confiance. Il leur souhaitait bonne chance dans leur entreprise hasardeuse. et desirait « qu'une occasion s'offrît à lui de montrer « qu'il était, lui aussi, bon Italien, et prêt à tout sacrifice u pour le véritable bien de son pays. Agissez avec pru- « dence, dit-il à M. Manzini en le congédiant, et venez me (i voir avant votre départ pour Paris. »
Ainsi le duc de Modène encourageait secrètement l'insurreetion. sans néanmoins s'engager, et de façon à se ménager toutes les chances, selon Tusage des princes.
Menotti n'était pas tout-à-fait dupe de cette tactique: mais le nom du duc lui était utile soit pour donner plus d'importance à ses projets, soit pour séduire par l'appât d'une haute complicité les patriotes douteux. 11 entretenait donc avec le duc de Modène des relations fréquentes, exagérait à dessein le profit d'une telle amitié politique, et donnait ainsi une sorte de caractère officiel à ce recrutement de conspirateurs qui était alors la grande occupation de sa vie '.
Mais dans la partie bizarre que jouaient l'un contre
' On nous a communiqué la correspondance secrète de Menolti. Voici ce qu'il écrivait le 20 décembre 1830, à M. Misley, alors à Paris :
a Mon frère t'aura appris mon retour de Florence. J'ai eu un long entretien avec et nous avons très-bien disposé tout. A mon retour, je suis allé