CHAPITRE VIII
l'autre ces deux hommes, le duc de Modène apportait une dissimulation abominable et profonde. Tandis que Menotti faisait auprès de ses amis les plus défiants, de courageux efforts pour défendre la sincérité du prince mise sans cesse en question, celui-ci ne songeait qu'à interroger les événements. Également prêt à se mettre à la tète des conspirateurs, s'ils étaient les plus forts, ou à devenir, dans le cas contraire, le plus cruel de leurs ennemis, il attendait que la France se prononçât.
Les principaux chefs de l'opposition en France ne faisaient pas mystère de leurs sympathies pour la cause de l'Italie, et le principe de non-intervention, proclamé par M. Laffitte, à la face du monde, devait paraître inviolable. Mais derrière la politique ostensible de la France n'y avait-il
chez le duc pour le tenir toujours dans la même position. Il a été content de moi et moi de lui. J'espère être parvenu à lui faire faire quelques grâces pour la nouvelle année; mais je ne crois rien tant que je ne 'verrai. — Tout est tranquille ici, et tout se dispose pour le mieux. — Il y aura un comité central à Bologne. — Sans un centre il était impossible de bien marcher, et moi seul, d'ailleurs, je ne pouvais suffire à tout. — La Romagne est toujours dans la plus grande fermentation, mais elle ne bougera pas. — Les Piémontais sont-ils définitivement d'accord avec nous? Adieu. J'attends impatiemment de tes nouvelles. »
Autre lettre de Menotti, en date du 2 Janvier 1831 :
« Le seul élément dont nous manquons, c'est de l'argent, et avec de l'argent, croyez que nous pourrions etl'ectuer le mouvement quand nous voudrions. — Les vieux libéraux, qui en ont, n'en veulent pas donner. N'importe. Cela ne nous découragera pas ni ne ralentira notre activité. — Le duc est toujours décidé à laisser faire. Aussi nous vivons comme dans une république. On dit que Maxilien (frère du duc) viendra ici; je ne le crois pas. — En Italie tout est tranquille. — La France interviendra-t-elle au cas où les Autrichiens passeraient le Pô ? Voilà ce que nous voulons absolument savoir. Organisez-vous le mieux que vous pourrez. — 11 nous faut le Piémont.— Faites décider à l'Union. Adieu. »
pas une politique secrète, don! les vues étaienl opposées aux dé< laialions les plus solennelles ttes ministres français? Des communications ténébreuses a'engageaient-elles
pas le Cabinet du Palais-Royal envers la (.mut de Vienne? Le duc de Modène l'appril nu le crut, car «-es dispositions changèrent tout-à-coup, cl ce changement se prouva par les plus indignes manœuvres1.
Mriioili cl ses amis ne se découragèrent pas, cependant. A vrai dire, ils pouvaient bien compter jusqu'à un certain point sur l'adhésion instinctive du peuple, mais non sur sa coopération active. Car ils n'avaient guère étudié les besoins de ce peuple, qui était heureux matériellement, et ils n'avaient noué avec lui aucun de ces rapports qui servent de fondement à une grande influence. D'un autre côté, l'Autriche seule était en état de comprimer leurs efforts, et pour eux, par conséquent, toute la question était de savoir si la France serait Qdèle à ce principe de nonintervention qu'elle avait si bruyamment adopté.
Dans le discours du 1er décembre, que nous avons déjà cité. M. Laflîtte, on l'a vu, s'était écrié : « la France ne « permettra pas que le principe de non-intervention soit « violé. » Quelques jours après. M. Dupin. dont on con-
1 Le 7 janvier 1831, Menotti écrivait à M. Misley :
« J'arrive à l'instant de Bologne. 11 faut te dire que le duc est un véritable coquin (bivbaute). J'ai couru le danger d'être tué hier. Le duc a fait répandre par les san-fédistes ( secte anti-libérale ) le bruit que moi et toi sommes des agents stipendiés pour former des centres et les dénoncer. Cela avait été si bien cru à Bologne qu'on a manqué de m'assassiner. Le fait est qu'en huit jours toute la Bomagne avait changé de face, mais elle reviendra
à moi Maintenant que je sais que je suis tenu pour un agent du duc, je
me réglerai avec tant de prudence que je parviendrai à mon but sans manquer à mes promesses Adieu. j>