‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 155 sur 250 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

parle maréchal Maison arrivait à Paris. Elle était ainsi conçue : « Jusqu'ici . m'a dit M. de Metternich , nous « avons laissé la France mettre en avant le principe de la « non-intervention, mais il est temps quelle sache que u nous n'entendons pas le reconnaître en ce qui concerne « l'Italie. Nous porterons nos armes partout où s'étendra k l'insurrection. Si cette intervention doit amener la « guerre, eh bien, vienne la guerre ! Nous aimons mieux « en courir les chances que d'être exposés à périr au mi- « lieu des émeutes. »

Le maréchal Maison ajoutait que, pour prévenir les dangers dont la France était menacée, il fallait sans retard prendre l'initiative de la guerre et jeter une armée dans le Piémont.

Cette dépèche, commentée dans le public avec une ardeur passionnée, avait été remise le 4 à M. Sébastiani. Le président du Conseil, M. Laffitte, ne la connut que le 8, par hasard pour ainsi dire, et en la lisant dans le National. On l'avait donc cachée pendant quatre jours au président du Conseil! La surprise de M. Laffitte fut grande. Il demanda des explications. M. Sébastiani ne sut alléguer pour sa justification que des motifs dont la puérilité était offensante, et M. Laffitte résolut de déposer un pouvoir dont on ne lui avait laissé que les périls. Pourtant , toujours dupe de lui-même, il ne put s'avouer qu'à la dernière extrémité une déception aussi amère. Il voulut une fois encore interroger la reconnaissance du prince auquel il avait donné la couronne, et il se plaignit à lui douloureusement de ce qui venait de se passer , mêlant à l'expression de ses griefs personnels la critique adoucie d'une politique qui l'avait eu pour instrument sans l'avoir toutn. 20

à-fait pour approbateur. Lé roi répondit à M. Laffitte avec cette familiarité naïve qui lui était ordinaire : il consobi doucement l'ami, el parut pénétré du désir de conserver le ministre. Puis, comme s'il eûl été entièrement étranger à cette politique dont M. Laffitte blâmait la direction, il l'engagea à s'en expliquer ;ivec ses collègues, ('/est ce que lit M. Laffitte dans une réunion qui eut lieu le 9 mars. Mais déjà tout était préparé pour un changement de Cabinet. M. Casimir Périer jugeait que son heure était venue, et M. Bouvier-Dumolard avait sur ce point récuses confidences. M. Laffitte fut accueilli froidement par ses collègues. 11 comprit bien alors tout ce qu'il avait livré en livrant son pays, et il se relira des affaires, le cœur à jamais blesse.

Ainsi tomba ce ministère qu'une révolution avait enfanté. La dépêche cachée au président du Conseil fut le prétexte et non la cause de sa retraite. M. Laffitte tomba parce que les services qu'il pouvait rendre à la nouvelle dynastie étaient épuisés. Et comment se serait-il maintenu? D'une part, si ses sentiments le portaient vers le peuple, ses opinions l'en éloignaient; de l'autre, l'amitié d'un roi était pour sa sensibilité une épreuve trop dangereuse. M. Laffitte avait une haute capacité financière, un esprit pénétrant, une facilité d'élocution remarquable, une bienveillance remplie de grâce et d'élévation. Il joignait, chose rare , à la science des affaires des connaissances littéraires fort étendues. Dans un autre milieu et sous d'autres influences, il aurait pu rendre les plus grands services à son pays. Mais, partagé entre le soin de cultiver sa popularité et celui de ménager son crédit, il devait manquer également de vigueur et pour le bien et pour le mal. C'est

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