CHAPITRE VIII
pouvait-il enlever au duché deModène ce caractère d'Etat indépendant que lui avaient donné les stipulations du congrès de Vienne, et que le gouvernement français s'était engagé à faire respecter, lorsqu'il avait proclamé le principe de non-intervention? M. Laflïtte déclara en plein Conseil qu'à de telles prétentions, si l'Autriche persistait, il n'y avait qu'une réponse possihle, la guerre. Tous les ministres applaudirent. M. Séhastiani lui-même, ministre des affaires étrangères, s'engagea à répondre en ce sens.
En effet, le maréchal Maison, ambassadeur de France à Vienne, fut chargé de présenter à l'Autriche une déclaration qui lui interdisait , en termes formels , l'entrée des États-Romains. ^ cette espèce d'ultimatum au bout duquel était la guerre-, l'Autriche répondit , non-seulement avec fermeté, mais avec insulte. Gardien de l'honneur de son gouvernement , et convaincu que la France ne pouvait sans s'avilir laisser fouler aux pieds un principe qu'il avait mission de faire respecter, le maréchal fit sur-lechamp connaître au Cabinet du Palais-Royal la réponse du ministre autrichien. En même temps il écrivit au général Cuilleminot, ambassadeur de France à Constantinople, que c'en était fait de la paix du monde -, que la France était forcée décidément à tirer l'épéepour soutenir l'honneur d'une déclaration repoussée avec menace ] que les moments étaient précieux, et qu'il fallait se hâter de chercher partout des ennemis à la Russie.
Le général Cuilleminot ne pouvait hésiter. Depuis la Révolution de juillet, la situation de l'ambassade française
Constantinople était difficile. Au moment de la révolution qui avait précipité Charles X de son trône, la Russie avait pour ministre plénipotentiaire auprès de la Porte
;î()i HISTOIRE DE DIX ans.
M. de Ribeaupierre. ('/«'tait un de ces Russes aux manières élégantes, et un homme de salon avant tout; mais cela ne L'empêcha pas de laisser éclater contre le régime qui venait »lc prévaloir en France une haine dont la bienséance ne modéra pas toujours les emportements. Soumis à l'ascendant de la Russie, le Divan s'était d'abord opposé à la substitution du drapeau tricolore au drapeau blanc : le général Guilleminol envoya son gendre, le comte Roger, au plénipotentiaire russe pour demander des explications. Lorsque M. Roger entra. M. de Ribeaupierre était à table, entouré de ses officiers. Ne pouvant contenir l'explosion de ses répugnances, il se mit à attaquer violemment la révolution de France et ses suites. Homme de cœur et tout dévoue à son pays, M. Roger répliqua avee vivacité, comparant à ces mouvements séditieux qui , en Russie , n'aboutissaient qu'à des assassinats, ce glorieux événement de juillet uni avait élevé la France dans l'estime du monde. Quoique fort animée, eette scène n'eût pas de conséquences lâcheuses. Les obstacles qui s'opposaient au changement du pavillon français furent même écartés. Mais une hostilité sourde n'avait pas cessé d'exister entre les deux ambassadeurs. Le général Guilleminot ne fut donc ni surpris ni affligé de la dépèche du maréchal Maison. Des négociations habilement conduites pouvaient eréer. soit dans le Caucase, soit en Perse, des moyens efficaces de diversion, et sauver la Pologne: mais l'essentiel était d'amener la Turquie à se déclarer contre les Russes, au premier coup de canon. Dans ce but, des ouvertures furent faites au Divan, et tout fut secrètement préparé, dans la prévision d'une guerre imminente.
Pendant ce temps, la dépèche adressée au Palais-Royal