CHAPITRE X
remit les notes de Franzini sur l'entrée du Tage, et prépara tout pour frapper un coup décisif. Mais avant de s'engager dans une entreprise qui pouvait aboutir à la destruction d'une ville de 280,000 âmes , il crut devoir tenter pour la paix un dernier effort, et il écrivit en ce sens au vicomte de Santarem. ministre des affaires étrangères. Le vicomte ayant répondu que le gouvernement portugais rejetait les demandes de la France, l'amiral Roussin prit définitivement le parti de forcer l'entrée du Tage.
Les vents étaient peu favorables, et les pêcheurs qu'on avait engagés à suivre 1* escadre , les déclaraient trop courts. D'un autre côté, l'entreprise était hasardeuse, Une escadre portugaise, forte de huit bâtiments, était embossée en travers du fleuve-, des corps de troupes étaient, depuis Bélem, échelonnés le long du rivage-, et des forts nombreux, bien approvisionnés, menaçaient les assaillants. Mais, dans l'escadre française, soldats et matelots étaient transportés d'enthousiasme. L'Europe avait depuis long-temps adopté cette opinion que le Tage était inexpugnable du côté de la mer : et c'était pour nos intrépides marins un motif déplus d'impatience. Le 11 juillet les vents se levèrent à huit heures ; à dix heures, l'escadre appareilla-, et, à une heure et demie après midi, elle donnait à pleine voile dans le Tage. en gouvernant entre les forts Saint-Julien et Bugio.
Les corvettes, placées à la droite de la ligne, devaient combattre exclusivement la tour de Bugio ; et celle de Saint-Julien devait supporter le feu des vaisseaux. L'amiral Roussin avait craint qu'en franchissant ces deux forts, les vaisseaux n'éprouvassent assez d'avaries pour qu'il leur fût impossible de continuer leur route; dans ce cas.
l'escadre devait mouiller par le travers du Paco d'Arcos ; dans le cas contraire, elle devait aller s'embosser devant l'escadre portugaise et les quais de Lisbonne.
Les deux premiers forts de l'en liée ayant ouvert leur feu, l'escadre française continua sa route pendant dix minutes sans riposter. Arrivés à environ 500 toises de Saint-Julien, les vaisseaux tirèrent, et aussitôt un nuage de sable et de pierres attesta la précision de leurs coups. En même temps, les frégates et les corvettes éteignaient la tour de Bugio. Il en fut de même pour tous les autres forts. Leurs feux, mal dirigés, ne causèrent presque pas de dommage à l'escadre française, dont les équipages, à mesure qu'ils passaient devant l'ennemi, faisaient retentir l'air de leurs acclamations.
A quatre beures, le Sufjrcn, chef de file, rangeait le fort de Bélem à 60 toises. Bientôt, le Trident, l'Alger, YAlgésiras, se portèrent, ainsi que les corvettes et les frégates, sur l'escadre portugaise embossée entre la ville et la pointe du Pontal. Primant de vitesse la plupart de ces bâtiments, la Pallas tira les premières volées. Le pavillon portugais disparut.
A cinq heures, toute l'escadre française était mouillée à 300 toises des quais de Lisbonne, où régnait le plus profond silence.
L'amiral Boussin écrivit aussitôt au vicomte de Santarem la lettre suivante, qu'il remit au capitaine de corvette Olivier :
« Monsieur le ministre,
« Vous voyez si je tiens mes promesses : je vous ai fait pressentir « hier que je forcerais les passes du Tage. Me voici devant Lis- « bonne. Tous vos forts sont derrière moi, et je n'ai plus en face