CHAPITRE X
« que le palais du gouvernement. Ne provoquons pas de scandcle. « La France, toujours généreuse, vous offre les mêmes conditions s qu'avant la victoire. Je me re'serve seulement, en en recueillant les •< fruits, d'y ajouter des indemnités pour. les victimes de la guerre.
« J'ai l'honneur de vous demander une re'ponse imme'diale.
« Recevez, Monsieur le ministre, l'expression de ma haute con- « side'ration,
« Le contre -amiral commandant l'escadre française du Tage
« Baron Roussin. »
Le vicomte de Santarem ayant, répondu qu'il adhérait aux propositions formulées dans la lettre du 8, adhésion équivoque qui tendait à esquiver les conditions nouvelles contenues dans la lettre du 11, l'amiral Roussin adressa au ministre portugais la liste complète des propositions de la France.
Elles consistaient dans l'annulation des sentences rendues contre des citoyens français; dans la fixation d'une indemnité pour chacun de ceux d'entre eux qui avaient à se plaindre du gouvernement portugais; dans la destitution du chef de la police du royaume-, dans une indemnité de huit cent mille francs au gouvernement français pour les frais de l'expédition ; dans l'affiche de ces faits sur les murs de toutes les rues où l'étudiant de l'université de Coïmbre avait été ignominieusement promené. À ces conditions l'amiral Roussin ajoutait relie d'une indemnité à fixer contradictoirement pour dommages occasionnés au commerce français, et il déclarait propriété française les bâtiments portugais qui avaient amené leur pavillon sous le feu de son escadre.
Le vicomte de Santarem essayant de traîner les choses en longueur, et paraissant désirer que les négociations eussent lieu non sur le vaisseau de l'amiral, comme celui-
:t"4 HISTOIRE DE DIX ANS.
ci l'exigeait, mais au palais de Bélem, l'amiral RoussSm écrivit le 13 juillet au vicomte :
« Monsieur le ministre ,
« Vous me poussez à bout, et j'ai l'honneur de vous prévenir
« que cela ne peut vous re'ussir. Je m'en réfère à ma letlre de ce
« jour, et je vous confirme l'assurance que si, demain à midi, je
« n'ai pas terminé la convention dont vous avez accepte' les bases,
« je reprendrai les hostilite's contre Lisbonne J'attends votre
« Excellence, ou la personne autorise'e qu'elle de'signera, aujour- « d'hui ou demain jusqu'à midi. Je la recevrai à mon bord et non «< ailleurs.
« J'ai l'honneur de vous exprimer l'assurance de ma haute con- « side'ration.
« Le contre-amiral, commandant l'escadre française « du Tage,
« Baron Hocssin. »
Le 14, les négociations étaient terminées à bord du vaisseau de l'amiral -, La France était vengée, et, quelque temps après, la Hotte portugaise, que don Miguel n'avait pas voulu racheter au prix d'un certain nombre de prisonniers politiques portugais, dont l'amiral Roussin demandait généreusement la délivrance, la flotte portugaise était envoyée prisonnière à Brest.
Cette éclatante expédition n'eut en France qu?un médiocre retentissement. Presque toujours aveuglée par les haines de parti sur le grand intérêt de la nationalité, TOppositron mesura ses éloges avec une prudence avare, et le gouvernement lui-même ne parla qu'avec une satisfaction contenue d'un succès qui semblait honorer sa fermeté, mais dont il craignait que l'Angleterre ne prît ombrage. Elle s'en émut en effet. Des discours injustes, des discours jaloux furent prononcés dans le parlement.