CHAPITRE X
lation tout-à-fait illusoire. D'ailleurs, si on laissait les Hollandais maîtres de la rive gauche, c'est-à-dire de toutes les écluses construites pour l'écoulement des eaux de la Flandre ci-devant autrichienne, qui empêcherait Guillaume d'inonder à volonté le sol dont se composerait le territoire belge ?
A ces trois questions terri toriales s'ajoutait une question financière. Quelle devait être, dans le paiement des dettes contractées par les deux pays réunis, la part afférente à chacun des deux pays séparés! Fallait-il, dans le partage de ces dettes, avoir égard, oui ou non, à leur origine?
Telles étaient les difficultés qu'en vertu de son omnipotence usurpée, la Conférence avait à trancher. Et elle n'hésita pas à le faire dans un sens contraire aux plus chers intérêts de la Belgique .
En effet, dans son protocole du 20 janvier 1831, elle décida : 1° « que les limites de la Hollande comprendraient « tous les territoires, places, villes et lieux qui apparte- « liaient à la ci-devant république des provinces-unies des « Pays-Bas en l'année 1790, » ce qui était résoudre implicitement en faveur de la Hollande la question du Limbourg-, 2° « que le grand-duché de Luxembourg, possédé « à un titre particulier par les princes de la maison de « Nassau, faisait et continuerait à faire partie de la con- « fédération germanique. »
Quelques jours après, dans le protocole du 27 janvier, la Conférence achevait la ruine de la Belgique, en lui refusant implicitement la possession de la rive gauche de l'Escaut, et en faisant la proposition qu'on mît à la charge des Belges les 16/31 des dettes du royaume prises en masse et sans acception d'origine.
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Reconnaissant alors une compétence qu'il avait d'abord niée. Guillaume adhéra aux hases de séparation posées dans les protocoles des -20 et 27 janvier.
La Belgique, au contraire, protesta. Vaine résistance ! Les diplomates de Londres répondirent que les arrangements arrêtés par eux étaient « dfo arrangements fonda- « mentaux et irrévocables, ' » déclaration qu'ils renouvelaient, deux mois plus tard, en y ajoutant des menaces !*
Jusqu'ici, on le voit, la Conférence s'était montrée toujours hostile aux Belges-, mais voilà que tout-à-coup sa politique change d'aspect. Dans son protocole du 21 mai 1831, elle ne craint pas de faire pressentir qu'une modification profonde va être apportée aux bases de séparation des 20 et 27 janvier, arrangements fondamcntaur, pourtant, et irrévocables. « Les cinq Puissances, « est-il dit dans le protocole du 21 mai. promettent « d'entamer avec le roi des Pays-Bas une négociation « dont le but sera d'assurer, s'il est possible, à la Bel- « gique moyennant de justes compensations, la posses- « sion du Luxembourg. »
C'est que, durant le cours des négociations, des faits
1 Protocole du 1 9 février 1831 , signé : Esterhazy, V\'essemberg, Talleyrand, Palmerston, Bulow, Lieven, Matuszewicz .
M. Nothomb a écrit sur la révolution belge un livre où il a fait preuve de sagacité et de talent. Malheureusement, il y a beaucoup de diplomatie dans cet ouvrage, qui n'est au fond qu'une justification embarrassée des actes de la Conférence de Londres. M. Nothomb cite dans son livre une partie du protocole du 10 février, mais il n'a garde d'en citer la partie la plus importante, c'est-à-dire celle où les cinq Puissances parlent de leurs arrangements fondamentaux et irrévocables. L'omission est significative ! M. Nothomb a été obligé, pour n'avoir pas à condamner la Conférence, de tronquer l'histoire.
- Protocole n° 22, 17 avril.