‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 194 sur 250 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

graves s'étaient passés : le Congrès belge, ainsi que nous lavons raconté plus haut, avait été de la part du Palais- Royal le jouet d'une intrigue; la couronne offerte au duc de Nemours et refusée par Louis-Philippe avait valu aux Belges la régence de M. Surlet de Chokier, régence nécessairement orageuse et anarchique ; enfin, le gouvernement français s'était aliéné à jamais la Belgique, en s'associant à la pensée des protocoles qui la dépouillaient, après avoir formellement annoncé, lorsqu'il s'était agi de faire échouer une candidature rivale, que la pensée de ces protocoles n'était pas la sienne, et qu'à ses yeux la Conférence de Londres n'était qu'une simple médiation l. Ainsi humiliée, rebutée et trompée, la Belgique avait fini par se détacher de la France, par se rapprocher de l'Angleterre. Et alors, grâce au victorieux ascendant des Anglais sur la Conférence, la Belgique n'avait trouvé que des soutiens dans ses ennemis de la veille.

Le triomphe de l'influence anglaise fut tel qu'on en vint bientôt à regarder un prince anglais, Léopold de Saxe- Cobourg, comme le seul souverain possible de la Belgique.

1 Le 1er février 1831, M. Sébastiani écrivait à M. Bresson la lettre suivante :

« Monsieur, si, comme je l'espère, vous n'avez pas encore communiqué « au gouvernement belge le protocole du 27 du mois de janvier, vous « vous opposerez à cette communication, parce que le gouvernement du « roi n'a point adhéré à ses dispositions. Dans la question des dettes, comme « danscelle delà fixation de retendue et des limites des territoires belge « et hollandais, nous avons toujours entendu que le concours et le consen- « tement libre des deux États étaient nécessaires. La conférence de Londres « est une médiation, et l'intention du roi est qu'elle n'en perde jamais le o caractère.

« Agréez, etc. Signé : Horace Sébastiani. »

Cette lettre, communiquée au Congrès pendant qu'il discutait les deux

Et, pour précipiter son élection, la Conférence rédigea le fameux protocole connu sous le nom de Traité des 18 articles.

Ce protocole était aussi favorable à la Belgique que ceux des 20 et 27 janvier lui étaient funestes. Les cinq Puissances décidaient, cette fois, que la question du Luxembourg était distincte de la question hollando-belge, et que, durant le litige, les Belges garderaient le Grand-Duché qu'ils occupaient. Les cinq Cours assuraient en outre à la Belgique toutes les garanties qui lui faisaient désirer la possession de la rive gauche de l'Escaut. Il étaitspécifié que la Belgique aurait droit, dans la ville de Maastricht, à la part de souveraineté qui, en 1790, n'appartenait pas à la Hollande. Enfin, le principe du partage des dettes, d'après leur origine, était formellement adopté.

La Conférence ne pouvait pas renier plus complètement son œuvre ; elle ne pouvait pas renverser d'une manière plus brutale les bases posées par elle-même dans les protocoles des 20 et 27 janvier , et par elle déclarées deux fois irrévocables.

candidatures rivales du duc de Nemours et du duc de Leuchtemberg, contribua à faire échouer la seconde.

Le danger dynastique passé, voici en quels termes le gouvernement, dans le protocole du 17 avril, n° 21, adhéra au protocole du 20 janvier, dont celui du 27 n'était que le complément financier :

« Le plénipotentiaire français déclare officiellement, d'ordre exprès du roi « son maître :

o Que la France adhère au protocole du 20 janvier 1831 ; qu'elle approuve « entièrement les limites indiquées dans cet acte pour la Belgique; qu'elle « ne reconnaîtra le souverain de la Belgique qu'autant qu'il aura pleine- « ment accédé à toutes les conditions et clauses du protocole fondamental « du 20 janvier 1831. »

Cela s'appelle de l'habileté !

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