CHAPITRE XL
Attente générale. — Discours de la couronne. — Lutte dernière entre M. Laflitte et M. Casimir Périer. — Les assertions du discours de la couronne démenties dans le Parlement anglais. — Mensonge de l'alliance anglaise : outrages à la France. — finie du [9 avril 1831 publiée : sensation dans le public. — Scène préparée à la Chambre des Pairs. — Anniversaire de la révolution; fausse nouvelle répandue; explosion du sentiment national. — Intervention d'une armée française en Belgique : caractère de cette intervention; va moralité: ses résultats. — Courageuse altitude du roi de Hollande \ is-à-vis des cinq grandes Cours ; il maintient la paix à >on profit en n'ayant pa< peur de la guerre. -— Evacuation de la Belgique par l'armée française sur l'ordre de la.Conférence : le lion de Waterloo toujours debout. — Scandales financiers, marchés Fameux.
On touchait en France à un moment solennel. In débat ■d'une portée immense allait s'ouvrir, peut-être. La Pologne aux. abois et menaçant à 'entraîner dans sa chute la vieille prépondérance de l'Occident : la papauté remise violemment en possession de sa souveraineté temporelle et redevenue par là complice de toutes les tyrannies terrestres; quatre Puissances s ingéniant pour refaire, au détriment d'une seule, l'équilibre européen dérangé par la Belgique affranchie; la France enfin laissant flotter aux mains de quelques hommes orgueilleux et impuissants la tutelle du
:ss HISTOIRE HE DIX ANS.
monde agité : voilà quels intérêts se trouvaient en jeu et
sur quelles questions il s'agissait de prononcer.
Aussi jamais assemblée nouvelle ne parut sur la scène au milieu d'une attente plus formidable et de pareils soucis. Il ne fallait pas de médiocres passions pour une aussi glande querelle.
A la préoccupation des choses du dehors se joignait, dailleurs, dans tous les esprits, l'impatience de voir résoudre ce périlleux problème posédevant la nation : l'hérédité de la pairie doit-elle être maintenue?
.N'accorder qu'au chef de l'État le privilège de l'hérédité politique, c'était évidemment isoler la monarchie, lui retirer ses appuis naturels, et. en lui créant, au laite de la société, une situation tout exceptionnelle, la condamner à une vie précaire, toujours menaçante ou toujours menacée. Mais, dans ce dernier coup porté à la féodalité, dans cette dernière humiliation infligée à une aristocratie expirante, dans cet abaissement delà royauté qu'on allait réduire à ne plus exister que par grâce, il y avait quelque chose de singulièrement flatteur pour l'orgueil de la classe dominante. L'abolition de l'hérédité de la pairie était donc devenue, dans un grand nombre de collèges électoraux, l'objet d'un mandat impératif, et la bourgeoisie mettait un emportement extraordinaire à demander ce que, dans son ignorance, elle regardait comme le complément de sa victoire.
Le 23 juillet le roi se rendit au Palais-Bourbon. Les membres de la pairie s'y étaient modestement réunis aux communes. Le temps était donc passé où les séances royales se tenaient au Luxembourg, sinon au Louvre.
L'enti ée du roi dans l'enceinte législative fut saluée par