CHAPITRE XI. :J
des acclamations ; mais lorsque, contrairement aux usages, un hérault cria : « La reine! » on fit silence dans cette assemblée de bourgeois ombrageux.
Le discours du roi fut remarquable par un certain ton de hauteur qui révélait la présence de Casimir Périer aux affaires. L*opinion républicaine était insultée dans ce discours. L'étendue de la misère publique y était constatée, sans autre embarras que celui d'une froide admiration pour la patience du peuple. Quant aux événements extérieurs, la harangue annonçait que le royaume des Payslias, tel qu'il existait en 1815, avait cessé d'exister; que les places élevées, non pour protéger la Belgique, mais pour menacer la France, seraient démolies; qu'au Midi, nos vaisseaux avaient forcé l'entrée du Tage, et que le drapeau tricolore flottait sous les murs de Lisbonne. Mais ces nouvelles étaient suivies d'un paragraphe décourageant et lugubre : « Après avoir offert ma médiation en faveur « de la Pologne, disait le roi, j'ai provoqué celle des auu très Puissances, » laissant voir par là que la médiation offerte avait été repoussée. Du reste, pas un mot d'espoir pour la malheureuse Pologne. Le gouvernement se contentait de reconnaître que le courage des Polonais avait réveillé les vieilles affections de la France, et il rappelait que la nationalité de la Pologne avait résisté au temps et à ses vicissitudes.
On observa que pendant que le roi parlait, Casimir Périer suivait sur un manuscrit la lecture du discours convenu. Vérification publique dont l'inconvenance attestait le déclin du principe monarchique.
Quoi qu'il en soit, le discours royal fut favorablement accueilli dans l'assemblée et au dehors. L'ambassadeur
de Russie. M. Poz/o «li BorgO. n'avait pas assisté à la séance avec les autres membres du corps diplomatique.
Kl cette absence, concertée <>u non, servait le ministère. Mais, le soir même dé la séance, une nouvelle semée dans Paris vint faire diversion aux commentaires politiques. On apprit que. revenant d'Angleterre avec la baronne de Feucbères. sa tante. M. de Flassattis. à Calais, avait «'-té frappé de mort subite. Cet accident, qui n'avait en luimême aucune importance, produisit cependant une sensation profonde, soit par l'issue qu'il ouvrait aux investigations de la curiosité, soit par l'aliment offert aux interprétations cruelles de l'esprit de parti.
(I fallait nommer le président de la Chambre. L'Opposition fixa son cboix sur M. Laffitte. Membre de l'ancien Cabinet, son triomphe aurait écrasé ses successeurs. Casimir Périer le comprit, et. comptant sur le besoin que la bourgeoisie avait de ses emportements, il déclara que la nomination de M. Laffitte serait le signal delà dissolution du ministère.
L'Opposition redoubla d*efforts. et la guerre déclarée à Casimir Périer par les journaux de la gauche fut poussée avec une étonnante vigueur. Ils firent observer que le discours de la Couronne s'était bien gardé de spécifier les places qui, en Belgique, devaient être démolies, ce qui réduisait à une équivoque sans dignité une promesse fastueuse; ils insistèrent sur la faiblesse de don Miguel, possesseur provisoire d'un trône contesté , souverain d'un royaume secondaire, prince isolé en Europe: et rapprochant avec amertume l'entrée de nos vaisseaux dans le Tage. de l'abandon de cette Pologne dont on glorifiait l'héroïsme, mais dont on n'osait pas reconnaître la na-