CHAPITRE XI
tionalité, ils accusèrent le ministère du 13 mars de Savoir montré de la fermeté que là où n'était pas le péril, et d'avoir couvert sa pusillanimité par son arrogance.
En même temps arrivait à Paris le compte-rendu des séances du Parlement anglais1, séances qui donnaient au discours de la Couronne d'inexorables démentis. Interpellé par lord Aberdeen sur le projet de destruction de forteresses « qui avaient eu pour objet, disait lord Aberdeen, « non-seulement de défendre les Pays-Bas, mais de con- « tenir la France^ » lord Grey, chef du ministère anglais, avait répondu que « la chose était encore en discussion, « que, dans un protocole dont la France avait été exclue « pour des raisons évidentes. » il avait été convenu, à la vérité, qu'une partie des forteresses serait démantelée, mais que, dans ce même protocole, les quatre Puissances s'étaient réservé le droit « de décider lesquelles seraient démantelées. » Et à cette réponse, si injurieuse pour la France, lord Wellington avait ajouté ces mots, plus injurieux encore : « Je vois avec plaisir que quatre Puissances « seulement ont concouru à l'arrangement , et que la <c France a été exclue des délibérations. Je regrette que « le noble comte n'ait point d'explications à donner au « sujet du Portugal. J'avoue que je me suis senti humi- « lié quand j'ai su que le drapeau tricolore flottait sous « les murs de Lisbonne. » (Applaudissements prolongés dans le Parlement.)
De telles paroles mettaient à nu tout le mensongede l'alliance anglaise. Le sentiment national se souleva contre un pouvoir qui savait si peu faire respecter la France et se faire
1 Séance du 27 juillet 1831.
respecter Lui-même. L'ne circulaire, adressée par les représentants des grandes Puissances aux consuls de leurs nations respectives dans l'État de l'Église, fut publiée à la même époque par la Gazette d'Augsbourg, et mit le comble à la douleur dont toute la partie saine du peuple français était pénétrée. La circulaire portait: <> Les représentants des « Puissances ont jugé convenable de témoigner à sa sain- « teté le vif intérêt que leurs Cours respectives prennent « au maintien de la tranquillité publique dans les États « de TÉglise : sentiments qui ont été déjà exprimés par le « gouvernement français dans une note de son envoyé à « Rome, le 1 9 avril de cette année ' . » Le gouvernement français n'avait donc pas craint, au plus fort des vengeances pontificales, de se joindre aux autres Cours pour condamner ces malheureux patriotes italiens qui ne s'étaient insurgés, pourtant, qu'à l'exemple de la France, sur la foi de ses déclarations, et, pendant quelque temps, avec son concours !
Ce fut sur ces entrefaites que M. de Sémonville, grandréférendaire, eut l'idée d'étaler dans l'enceinte de la pairie les drapeaux pris à Ulm par l'armée française en 1803. et cachés jusqu'alors dans un secret et inviolable asile. Le jour où se fit cette exhibition inattendue, le fils aîné du roi était à son banc de pair : « Prince, lui dit M. de Sé- « monville, à vous désormais le droit de tirer l'épée pour « défendre ces trophées. » Le jeune homme répondit d'une manière convenable. Mais cette scène à effet ne put trouver grâce aux yeux d'un peuple intelligent et moqueur. On fit ressortir ce qu'avait de puéril et même de ridicule cette démonstration épique rapprochée de tant de
' Circulaire en date du 9 juillet 1831.