‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 202 sur 250 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

forcé le Cabinet du Palais-Royal à devancer l'autorisation des quatre grandes Cours t .

L'indignation fut profonde dans toute la Hollande, quand on y apprit que les Français intervenaient dans la querelle, au nom de la Conférence. Car cette couleur donnée à l'intervention la rendait manifestement inique. La conduite de Guillaume, en cette circonstance, avait été peu loyale à l'égard de la Belgique, sans doute, puisqu'il procédait contre elle par voie de surprise ; mais, au point de vue de la diplomatie, il était dans son droit. Aucun traité ne le liait aux Belges, qui, pour lui, n'étaient que des rebelles. Et envers la Conférence quelles étaient ses obligations? Il n'avait consenti à une suspension d'armes que comme à une mesure préliminaire, devant conduire à un armistice qui n'avait pas été conclu, à des arrangements qui ne s'étaient pas effectues. Son adhésion aux protocoles du 20 et du 27 janvier aurait pu seule l'engager, si les cinq Puissances, après avoir déclaré ce pac e irrévocable, ne l'avaient anéanti elles-mêmes pour le remplacer par le traité des 18 articles. Or, Guillaume avait hautement protesté contre les 1 8 articles, et c'était lui qui pouvait avec raison reprocher à la Conférence une violation d'engagements précis et formels. Les Hollandais

1 Protocole n° 31 : « Dans la réunion du 6 août, lord Palmerston infora ma la Conférence que le gouvernement britannique avait donné à une « division de la flotte l'ordre de se rassembler aux Dunes. Le prince de a Talleyrand annonça que sur la demande du roi des Belges, le gouverne- « ment français s'était décidé à faire marcher une armée au secours de la « Belgique. La Conférence déclara que l'entrée des troupes françaises en « Belgique serait regardée comme ayant eu lieu, non dans une intention « particulière à la France, mais pour un objet vers lequel les dcUbèrai tions communes seraient dirigées. »

-IDC 111ST0IHE DE IllX ANS.

étaient donc fondés à trouver l'intervention française empreinte de violence et d'injustice, dèsque notre armée, au lieu de s'avancer au nom du principe révolutionnaire attaqué ou d'un intérêt français compromis, ne se présentait plus que comme la gendarmerie de la Sainte-Alliance.

Quant aux Belges, devenus nos ennemis depuis que leurs avances avaient été repoussées, et qu'en les Battant de l'espoir dune indépendance absolue on leur avait créé des intérêts opposés aux nôtres, ils ne virent dans le secours que leur apportaient les Français qu'un outrage à leur honneur. Sommes-nous donc, disaient-ils, si méprisables aux yeux des Français qu'ils nous jugent incapables de nous défendre sans leur appui? Bientôt il n'y eut plus, sur ce point, qu'une voix à Bruxelles. L'opinion y somma impérieusement le pouvoir de respecter l'article 121 delà constitution belge, portant : « Aucune troupe étrangère « ne peut occuper ou traverser le territoire qu'en vertu « d'une loi. » Le gouvernement belge dut céder et le maréchal Gérard suspendre sa marche.

Ainsi, par une inconcevable accumulation de fautes, le Cabinet du Palais-Royal démentait directement sa politique avouée, se confessait vassal de la Conférence, exposait l'armée à un rôle ridicule, faisait maudire la France enfin, et par la Hollande à laquelle il déclarait une guerre injuste, et par la Belgique dont il irritait imprudemment la jalousie.

Les Hollandais, cependant, avaient envahi la Belgique, divisés en trois corps qui s'avançaient avec rapidité en s'allongeant de Maëstricht à Bréda. A cette invasion la Belgique avait à opposer deux petites armées, celle de la Meuse et celle de l'Escaut, dont il importait d'opérer au

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