CHAPITRE XI
plus vite la jonction. Le 8 août, Léopold se réunit à l'armée de l'Escaut, près d'Arschot, où il attendait l'armée de la Meuse. Là, fermant l'oreille à des conseils dictés par une jalousie mesquine et téméraire, il écrivit au maréchal Gérard de se hâter. Le 10. il donnait le signal de l'attaque de Montaigu. lorsqu'on vint l'avertir que l'armée de la Meuse, attaquée sur la route de Hasselt à Tongres, s'était débandée sans combattre, que la déroute était complète, et qu'il était lui-même exposé à être coupé. Il rétrograda aussitôt sur Louvain. Les Hollandais l'ayant attaqué le 22 en avant de cette ville, le forcèrent à la retraite et bloquèrent Louvain . qui ne tarda pas à se rendre.
La Belgique était à deux doigts de sa perte. Mais déjà les Français entraient à Bruxelles , et . sur un ordre de son père , le prince d'Orange ramenait en Hollande ses troupes victorieuses. Guillaume n'avait pas encore fait tous les préparatifs nécessaires, et il lui suffisait, pour le moment, d'avoir montré à la Conférence ce qu'il était capable de tenter et d'accomplir.
Bien supérieur en intelligence à ceux qui dirigeaient alors la politique française. Guillaume avait parfaitement compris que l'accord apparent des grandes Puissances cachait des dissidences profondes-, que. réunies, elles affichaient des prétentions dictatoriales auxquelles leurs forces étaient loin de répondre; qu'il n'y avait pour les faire fléchir, qu'à les braver, et qu'il était facile de leur faire la loi, pour peu qu'on les menaçât de mettre le feu à la mine creusée sous l'Europe entière. La justesse de ces vues fut prouvée par l'événement. Pour soutenir l'honneur de sa devise : v. je maintiendrai », le roi de Hol-
lande s'était prescrit une persévérance et une audace dont le succès devait égaler la grandeur, et il lui fut donné, comme on le verra, non-seulement de tenir à lui seul en échec les cinij grandes Cours, mais de les forcer à se départir encore une fois de leur volonté hautement exprimée.
Eh bien, ce système d'intimidation que sut employer avec tant de honneur, et sans exposer la paix générale, le souverain d'un petit peuple de deux millions d'àmes, le gouvernement français, composé d'hommes sans portée, ne songea pas même à l'essayer, quoiqu'il eût sous la main une nation de trente-trois millions d'hommes, une jeunesse exuhérante et une irrésistible masse de soldats tout pleins des souvenirs de la Révolution et de l'Empire.
Ee 13 août, le maréchal Soult, ministre de la guerre, annonçait à la Chambre des députés « que l'armée fran- « çaise attendrait, pour évacuer la Belgique, que les « questions pour lesquelles elle s'était mise en mouve- « ment fussent décidées. » Mais la Conférence en avait ordonné autrement1. Et l'armée française revint de sa promenade militaire sans avoir même joui de la satisfaction d'abattre, en passant, le lion de Waterloo.
1 Protocole n° 31 -. « La Conférence déclara que l'extension à donner aux a opérations des troupes françaises et la durée de leur séjour en Belgique « seraient fixées d'un commun accord, qu'elles ne franchiraient pas les « anciennes frontières de la Hollande, que leurs opérations se borneraient « à la rive gauche de la Meuse, que, dans aucune hypothèse, elles n'arria veraient ni à Maëstricht ni à Venloo. »
Protocoles n°» 32, 33 et 34 : « La Conférence s'est approprié la mesure « prise spontanément par la France. Il lui a été rendu compte de la marche o et de la retraite de l'armée française. »