‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 205 sur 250 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

armée incomplète, mal organisée encore, et composée de conscrits? Iteconnatirc la nationalité polonaise n'eût été qu'une forfanterie imprudente, dès que les moyens de soutenir cette déclaration manquaient. Le gouvernement avait donc fait tout ce qu'il était possible de faire, en offrant sa médiation et en provoquant celle des autres Puissances. Aussi bien, il était temps que l'Opposition s'expliquât. Une guerre universelle, une guerre à mort, était-ce là le but de ses désirs? Dans ce cas, il était bon qu'on l'avertît que la question n'était plus entre la guerre et la paix, mais entre la guerre et la liberté, car il n'est pas loisible à un peuple lancé en de telles entreprises de s'arrêter et de se régler. Les combats et le tumulte au dehors appellent au dedans un repos absolu et le silence. Le despotisme est la nécessaire contre-partie de la ^victoire. Napoléon le prouva, et, avant lui, la Convention l'avait prouvé par des actes qui ne s'effaceront jamais de la mémoire des hommes. « Avez-vous fait un pacte avec « la victoire ? demandait-on un jour dans la terrible « assemblée? — Non, répondit Bazire, le Montagnard, « mais nous avons fait un pacte avec la mort. » La mort bientôt le vint sommer de tenir sa promesse : un an s'était à peine écoulé, que la tète de Bazire bondissait du haut d'un échafaud. Que si l'Opposition ne pâlissait pas devant l'emploi de semblables ressources et au seul souvenir de ces exemples fameux, qu'elle eût donc le courage de l'avouer !

Telles furent, en substance, les raisons que développèrent avec beaucoup de talent MM. Casimir Périer, Thiers et Sébastiani, orateurs déjà connus, auxquels deux hommes nouveaux, MM. Duvergier de Hauranne fils et Charles de il. 26

i(l-.> HISTOIRE DE DIX U(S.

Kemusat, prêtèrent, dans cette occasion, une assistance pleine d'éclat et de \ igueur.

Mais à celte apologie «lu ministère. l'Opposition repondait par des arguments redoutables. Oui. disait-elle, nous vous accusons d'avoir compromis Tintent de la France, qui est dans son honneur, et l'avenir de la civilisation, qui est dans la grandeur de la France, liappelez-vous ce que nous (lions il y a un an. et voyez ce que nous sommes! De quel prestige, en 1830, n'étions-nous pas entoures? Aux yeux d» s nations étonnées et des rois frappés d'épouvante, nous avions bien véritablement ressaisi, et pour de plus vastes desseins encore, le sceptre échappé des mains de Napoléon. Jamais situation plus éblouissante ne fut laite à un peuple par le destin : et nous n'avions nul besoin de bouleverser l'univers pour le ehanger, car il était livré a notre merci. Aujourd'hui, que pouvons-nous en Europe et qu'y faisons-nous. Savoir être juste quand on est fort, est d'une liante modération ; mais, quand on est fort, tolérer l'injustice est une marque de pusillanimité. Or, les Autrichiens foulant aux pieds l'Italie sans autre droit que celui du despotisme qui ne veut pas qu'on l'inquiète-, la Conférence découpant les nationalités, sans égard pour les traditions, les intérêts, les affections des peuples, et tout simplement selon la convenance de quatre rois : les Russes courant exterminer un peuple généreux, pour le punir de

n'avoir pu trouver leur domination tolérable Voilà ce

que vous avez permis. Vous avez laisse le régime grossier de la force s'établir partout, autour de vous, pour le malheur éternel de ceux qui avaient compté sur notre appui et qui nous aimaient. Vous prétendez qu'en arrivant aux affaires . vous avez trouvé l'invasion autrichienne déjà

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