‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 207 sur 250 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

fondement, si le gouvernement français avait eu le courage d'embrasser, au point de vue français, tout l'ensemble du système européen. Car alors l'Autriche aurait eu sa Pologne en Italie, et la Prusse sa Pologne sur la rive gaucbe du Rhin. Qu'importe, après tout, l'intervention armée de la Prusse et de l'Autriche? Ces Puissances n'interviennentelles pas aujourd'hui d'une manière, hélas ! presqu'aussi décisive? La Prusse ne fournit-elle pas aux Moscovites des armes, des vivres, des munitions, tandis que la Pologne n'a, pour se défendre contre ses innombrables ennemis, que son courage et les vœux, méprisés, de la France.

De toutes ces attaques dirigées contre le pouvoir avec ensemble, avec éloquence, mais non sans quelques déclamations . par le général Lamarque , par le maréchal Clauzel. par MM. Mauguin, Bignon, Larabit, aucune assurément ne portait à faux-, et l'Opposition prouvait fort bien que la conduite du ministère avait été contraire aux intérêts delà France. Mais lorsque les ministres lui demandaient : « Qu'auriez-vous fait à notre place? Souscrivez- « vous à un embrasement universel? Quels sont vos « plans? » l'Opposition hésitait, se troublait, répondait vaguement, ou ne répondait pas.

Et il y avait à cela plusieurs causes, dont la principale était dans le caractère incertain des doctrines de l'Opposition parlementaire. Monarchique et bourgeoise, libérale plutôt que révolutionnaire, elle n'aurait pas voulu voir le trône disparaître dans une soudaine tempête, la bourgeoisie se mettre de nouveau à l'écart, et le peuple s'emparer encore une fois du premier rôle. Or, elle sentait bien, au fond, quoiqu'elle n'osât guère se l'avouer, qu'une démocratie fortement constituée était seule capable de

HUi HISTOIRE DE MX ANS.

déchirer les traités de 1815 <'i de refaire l'Europe; qu'il y avait impossibilité de suffire a une telle besogne, sans une volonté de fer, sans des passions vigoureuses 5 et que la

question ne serait jamais résolue dans le sens de notre orgueil, tant qu'elle resterait compliquée d"un intérêt dynastique. Sans doute on aurai! pu dire aux rois : « Dans l'espace de moins de einquanteans, l'Angleterre, la Kussie, l'Autriche, la Prusse, se sont agrandies d'une manière démesurée. Seule, la France s'est amoindrie ^ et aujourd'hui, après ces trois témoignages solennels de puissance, la Convention, l'Empereur, la Révolution de juillet, la France se trouve plus petite qu'elle ne l'était sousLouis XV. 11 nous est bien permis de nous en étonner dans un moment où il est prouve qu'il sulïit à la France d'un effort de trois jours pour donner une secousse au monde ! D'ailleurs, le désintéressement d'un peuple tel que le nôtre consiste, non pas à renoncer à la force, mais à l'employer avec dévoùment; et il nous est commandé de veiller sur notre puissance, parce qu'elle ne nous appartient pas et qu'elle appartient à l'humanité. » Mais, pour soutenir ce langage, il devenait indispensable de se préparer à une lutte sérieuse ; et en supposant que les peuples fussent précipités en armes dans une mêlée universelle, comment maintenir en France cet équilibre des pouvoirs, ces fictions, toutes ces puérilités systématiques qui ôtent à l'État l'unité, c'est-à-dire la force? Il aurait donc fallu en revenir à ce mélange d'impétuosité et de discipline, à cet enthousiasme réglé, d'où sortirent les triomphes de notre première révolution. Et c'était là ce que redoutaient pardessus tout des hommes élevés à l'école du libéralisme, école tout à la fois anarchique et timide.

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