‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 213 sur 250 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

« nales ; d'un signe ils feront mouvoir tous les fonction- « naires, ils agiront sur les destinées du pays par des « moyens si puissants; au moindre mouvement de leur « pensée ils auront, pour écraser ceux qui les combattent, « et les parquets, et les huissiers, et les gendarmes, et « cet immense fléau de la police ! Et quand ils se présence tent à nous avec tout ce cortège, nous n'aurions pas, « nous, simples écrivains, le droit de les questionner, de « nous défier d'un pouvoir si menaçant, de croire à des « abus si faciles? Nous ne pourrions pas répéter ces ru- « meurs de l'opinion, qui a un instinct si droit et si

« sûr ? Notre devoir est plus élevé. La liberté vit de

« défiances. Prenez le pouvoir, si vous voulez; mais « sachez que, dès ce moment, vous tombez sous l'empire « de la publicité, vous, votre présent, votre passé, tous

« vos actes connus, tous vos actes même projetés

« Et honte à l'écrivain timide qui déserte ses devoirsparce « que quelque danger s'y attache ! »

Dans sa vive et chaleureuse improvisation, M. Armand Marrast avait donné au système des garanties publiques un développement que M. Dupin jeune se hâta de déclarer dangereux. Selon lui, la diffamation, même à l'égard d'un fonctionnaire, n'était pas permise, lorsqu'elle ne s'appuyait que sur des présomptions, fussent-elles fortes, que sur des témoignages, fussent-ils honorables. Et, dans ce cas, il ne devait pas plus être loisible aux écrivains d'accuser sous forme dubitative que sous forme affirmative, le premier mode n'étant qu'un artifice de langage.

Dans le cours de ces débats, M. Bascans, gérant de la Tribune, produisit une lettre d'un des premiers fabricants d'armes de Londres, M. Beckwith, celui précisément

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