CHAPITRE 11. 'i
maie, un projet de testament 1 . Ce projet, offert à la signature du prince, auquel on épargnait ainsi les embarras de la rédaction, devait faciliter la réalisation d'un plan savamment conçu.
Cependant la baronne redoublait d'instances. De sou côté, le vieux prince laissait éclater ses répugnances en colères lamentables. Depuis que cette préoccupation fatale était entrée dans sa pensée, le repos l'avait fui ; son sang, disait-il. s'était enflammé, et il passait des nuits sans sommeil. Plus d'une fois, d'indiscrètes confidences trahirent , devant d'obscurs témoins, l'agitation de son àme. et on entendit retentir souvent dans la silencieuse retraite de Chantilly, le bruit de tristes querelles. « Ma « mort est la seule chose qu'on ait en vue » s'écriait un
' Voici textuellement la lettre que M. Dupin écrivait au duc d'Orléans à ce sujet :
« Monseigneur,
« Voici le projet que V. A. R. m'avait chargé, avant son départ pour Londres, de préparer et de rédiger.
» Pour observer fidèlement le secret que V. A. R. m'avait imposé, je vous envoie ma seconde minute, écrite de ma main, n'ayant pas voulu la confier à une main étrangère ;
« Le même motif de discrétion absolue m'a empêché d'en conférer avec d'autres jurisconsultes que j'aurais aimé à consulter, mais que V. A. R. sera toujours à même d'interroger quand il lui plaira, si elle le juge convenable.
« Réduit âmes seules forces, j'ai fait de mon mieux ; j'ai cherché à assurer pleinement les nobles volontés de S. A. R. M. le duc de Rourbon, et pour qu'elles ne fussent en aucun cas illusoires ni susceptibles d'être attaquées par des tiers toujours disposés à faire procès en pareil cas, j'ai joint à la disposition relative à l'adoption, celle d'une institution formelle d'héritier, que, j'ai jugée indispensable ' à la solidité de l'acte entier. « J'ai l'honneur, etc.
« Dipin aîné. »
' Souligné l'original.
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jour, dans un accès de désespoir, ce pâle représentant d'une race illustre, in autre jour, il s'oublia au point de dire à M. de Surval : Une lois qu'ils auront obtenu ce « qu'ils désirenl . nies jours peuvent courir des risques, n Enfin, par une de ces ruses bizarres que puisent dans l'excès de leurs irrésolutions les esprits sans vigueur et sans ressort, il résolut, pour échapper aux poursuites de madame de Feuchères, d'invoquer la générosité du duc d'Orléans lui-même. « L'affaire qui nous occupe. Mon- « sieur, lui écrivait-il le 20 août 1829, entamée à mon « insu et un peu légèrement par madame de Feuchères, a m'est infiniment pénible, vous avez pu le remarquer. » Et il suppliait son parent d'intervenir auprès de la baronne pour qu'elle abandonnât ses projets sur le duc d'Aumale, auquel, du reste, il promettait un témoignage public et certain de son affection.
Le duc d'Orléans répondit à cet appel singulier: il se rendit sur-le-champ auprès de madame de Feuchères, et, en présence d'un témoin qu'elle avait eu la précaution de faire appeler, il la pria de discontinuer ses instances. La baronne se montra inflexible. De sorte que le duc d'Orléans, sans que la cause de son fils se trouvât compromise, eut auprès du duc de Bourbon tout le mérite d'une demarche honorable et d'un désintéressement peu ordinaire. Cette situation était trop violente pour ne pas aboutir à quelque scène terrible. Dans la soirée du 29 août 1829. le duc de Bourbon se trouvait à Paris, dans la salle de billard du palais, lorsque, du salon, qu'un simple couloir séparait de cette salle, M. de Surval entendit de grands éclats de voix. On l'appelle, il accourt, et trouve le prince dans un état de colère effrayant. La douleur crispait son