‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 21 sur 250 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

vait avoir oublié que, transportant sa Cour dans une assemblée de régicides, un d'Orléans avait voté la mort de Louis XVI, et qu'un autre d'Orléans avait combattu sous les drapeau de Dumouriez. Mais, d'une part, comment refuser sans insulte ce qu'on lui supposait si bien le désir de donner ? Et, de l'autre, comment affronter les

nous ; que je n'avais jamais conçu la distinction de famille royale et de princes du sang, et que je ne concevais pas davantage qu'il dût y avoir entre nous d'autre prééminence et d'autre distinction que celle de l'ainesse et du pas qui en découle. Le roi a paru trouver cela assez juste, mais sans m'exprimer positivement son approbation entière. 11 m'a dit que le feu Roi avait pris sur tout cela un travers qu'il avait été fâché de lui voir, mais que nous n'étions qu'une famille, que nous n'avions qu'un intérêt commun, qu'il voulait que nous le regardassions comme un père , et que nous soyons toujours bien unis. Je lui ai demandé quels seraient les moments où nous pourrions lui faire notre cour sans l'importuner. 11 m'a dit a toujours, en « vous présentant chez moi et me le faisant demander, et si j'étais occupé « et que je ne pusse pas vous recevoir dans ce moment, vous me le pardon- « lieriez. Au reste, a-t-il ajouté, on me tourmente pour reprendre le déjeù- « ner et probablement je le reprendrai quand je serai aux Tuileries ; alors, « ce sera à dix heures et demie, comme du temps du feu Roi ; mais en outre, « je vous verrai toujours quand vous voudrez. »

a Monsieur le Dauphin nous mènera à Saint-Denis, dans sa voiture, les nôtres marchant devant. 11 sera rendu jeudi matin aux Tuileries, à neuf heures et demie, et compte nous y trouver. Ceci m'a été dit de la part du roi par le comte de Damas qu'il m'a envoyé comme je m'en allais. J'ai oublié de lui demander le costume, mais je présume l'habit de deuil et le manteau. D'ailleurs, je n'ai encore rien reçu de M. de Brézé, qui pourtant nous préviendra sûrement.

« Nous nous proposons d'aller demain à Saint-Cloud, entre onze heures et midi, remercier le roi de sa bonté de nous accorder le titre d'altesse royale, et quoiqu'il ne m'ait pas chargé de vous en instruire, cependant il est trop naturel que je me sois empressé de vous le dire pour que vous n'alliez pas aussi l'en remercier, et sur ce, monsieur, permettez-moi de vous embrasser de tout mon cœur, et veuillez recevoir l'expression de ma bien sincère amitié,

« Votre bien affectionné cousin.

« L.-Ph. d'Orléans. »

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emportements de madame de Feuchères par L'entremise de laquelle lui arrivaient des remerclments anticipes ? D'ailleurs, l'artificieuse baronne avait eu soin de lui écrire : « Le roi et la famille royale désirent que vous u lassiez choix d'un prince de voire famille pour « hériter un jour de votre nom et de votre fortune. « On croit que c'est moi seule qui mets obstacle à ce « vœu.... Je vous supplie de faire cesser cette cruelle (i position en adoptant un héritier.... Vous assurezpar « là. nu/ déarest friend, la bienveillance de la famille « royale et un avenir moins malheureux à votre pauvre « Sophie. »

Le duc de Bourbon était peu capable de résister à des intercessions de ce genre. Mais celles-ci avaient quelque chose de si despotique et de si brusque, qu'il ne put contenir son indignation. 11 se plaignit durement à madame de Feuchères de ce que, sans avoir pris son avis, sans avoir interrogé ses intentions, elle avait entamé avec le dur d'Orléans une affaire aussi importante. La baronne laissa passer l'orage, et le jour même elle écrivait au prince que le duc d'Orléans était sur le point de partir pour Londres, qu'elle l'attendait à déjeûner, que l'occasion était bonne pour une entrevue, et qu'on « pourrait « n'y rien dire de positif. »

Ainsi pressé de toutes parts, circonvenu, harcelé, et se voyant enlever jusqu'à la possibilité de se recueillir, de se reconnaître, le duc de Bourbon céda : l'entrevue désirée eut lieu. Toutefois, aucune décision ne fut prise. Seulement, le duc d'Orléans jugeait déjà ses espérances si fondées, qu'il chargea secrètement un de ses hommes d'affaires, M. Dupin, de préparer, en faveur du duc d'Au-

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