CHAPITRE XII
A minuit, le dictateur Krukowiecki s'enferma avec quelques intimes, et sans en faire part à ses ministres, il écrivit au feld-maréchal pour lui demander un entretien. Sur la réponse affirmative de Paskéwitch, il se rendit secrètement à Wola avec le général Prondzynski. Là eurent lieu de longues négociations. Un armistice de huit heures fut conclu.
Le 7 septembre, les ministres, en apprenant la démarche de Krukowiecki, donnèrent leur démission. A dix heures du matin, la Diète se réunit. Le général Prondzynski s;y présenta, et après avoir obtenu du maréchal des nonces la permission de parler, il rendit compte de l'entrevue que le dictateur et lui venaient d'avoir, dans le camp russe, avec Paskéwitch et le grand-duc Michel. Ses explications furent écoutées à huis-clos '. 11 commença par faire un tableau sinistre de la situation : « Ce matin, dit-il, j'ai vu l'armée « russe rangée en bataille aux pieds de nos murs, à une « demi-portée de canon : elle est dans un état parfait et « plus nombreuse que nous ne le supposions. En ce mo- « ment notre position est telle que, par la perte de Wola « et des redoutes extérieures, nous pouvons à peine sou- « tenir pendant quelques heures l'attaque de l'ennemi. » Après ce début, Prondzynski, comme s'il eût voulu porter la terreur dans l'assemblée, parla thi prochain assaut
1 Nous avons entre les mains le manuscrit d'une traduction faite en Allemagne des procès-verbaux inédits des séances de la Diète dans la journée de l'assaut de Varsovie. Ce manuscrit précieux nous a mis à même de bien connaître la physionomie de ces mémorables scènes. Ces procès-verbaux ayant été imprimés, étaient sur le point d'être mis au jour, lorsque des agents russes achetèrent à l'éditeur allemand tous les exemplaires et les détruisirent jusqu'au dernier. C'est sur un exemplaire d'épreuves, sauvé par bonheur, qu'a été faite la traduction dont nous possédons le manuscrit.
i>S HIST0IBE DE DIX ANS.
el peignit avec de sombres couleurs toutes les horreurs d'une invasion armée dans Varsovie : le berceau île la nationalité mis à l'eu et à sang, les propriétés livrées en proie à un peuple déchaîne, et à des soldats en déroute. Les nonces i'éeoutaient avec stupeur, et paraissaient surpris de la singularité de ce discours. « Les conditions que nous « oITre Paskéwitch, poursuivit le général, ne sont pas « telles que nous les eussions proposées nous-mêmes. Le « maréchal est d'un caractère bouillant; Toll est avec, lui : « tous les deux sont de vrais llusses, ils s'impatientent à « la moindre opposition du général Krukowiecki. Ils in- < sistent sur leurs conditions, qui n'ont pas l'entier assen- « timent du grand-duc Michel. J'ai beaucoup parlé au « duc pendant que le président s'entretenait avec Paské- « witcli et Toll; le langage du général Krukowiecki a été u digne de la nation, peut-être même un peu plus fier « que ne le comportait la circonstance. » 11 expose, enfin. les conditions de la capitulation, qui était le retour du royaume de Pologne sous le sceptre de l'empereur Nicolas, moyennant une amnistie pleine et entière, sur laquelle il restait à s'entendre. Le maréchal de la Diète demande à Prondzynski jusqu'à quelle heure doit durer l'armistice? — Jusqu'à une heure après-midi, répond le général. — L'assemblée conserve une attitude calme. Le nonce Worcell se lève et dit : « La patrie a été déjà plusieurs fois « sauvée, cela peut arriver encore. Nous seuls pouvons « signer sa sentence de mort. Quiconque veut la signer, « doit sortir de cette enceinte. » Precizewski lui succède; il invoque le Dieu tout-puissant, et montrant son sabre : « Jamais, dit-il, ma main ne s'est sentie plus habile à le « manier. — « Rassemblons les généraux, dit Niemo-