‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 227 sur 250 · CHAPITRE Ml · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ml

conjure avec l'accent du désespoir de rompre toute transaction et de mourir. Les nonces se précipitent vers la grille du palais. Krukowiecki avait donné ordre de la fermer. Le maréchal Ostrowski se fait reconnaître des soldats, marche au dictateur, le somme d'abdiquer de nouveau et rapporte sa démission au sein de la Diète, qui nomme par acclamations Bonaventure Niemojowski. président du gouvernement.

A onze heures du soir, les généraux Berg et Prondzynski reviennent demander à Krukowiecki les ratifications. On leur apprend que le gouvernement est changé. Introduit au palais, Berg trouve les nonces en frac et armés de sabres. Il déclare ne vouloir traiter qu'avec le général Krukowiecki. On va le chercher dans Praga et on l'amène à trois heures du matin. A la vue du général Berg, Krukowiecki jette son bonnet par terre en criant : « Je ne suis plus rien; je ne suis qu'un simple particu- « lier. » Puis il se répand en injures contre Ostrowski. « Voilà le maréchal des Chambres entre nos mains, dit-il. « tremblant de rage, au général P.erg. c'est lui qui par « son exaltation insensée a nourri le coupable orgueil de « la nation. Vous resterez ici. Monsieur! » Mais le maréchal avec calme : Je ne réponds pas à de vaines « menaces; elles n'ont aucune influence sur moi; je suis < ici en sûreté, puisque j'y vois des Polonais. » Et il ajoute : « Vous n'avez pas de mandat pour traiter au nom « de la nation. » Le général Berg ayant dit alors qu'il demandait la permission d'ajouter foi aux déclarations de l'honorable général Krukowiecki, Dembinski s'écria avec emportement que le maréchal de la Diète avait la confiance de la nation, et que personne ne souffrirait qu'il

i i i HISTOIRE DE DIX ANS.

fût offensé. « Qu'il signe donc avec moi, répliqua l'exu président, et qu'il m'autorise à conclure au nom de la « Diète. — « Non. non. » répondit Ostrowski : et il repoussait un écrit en langue française qu'on lui présentait à signer. Alors Krukowiecki, entrant en fureur : « Vous « êtes arrête Monsieur le maréchal! — Arrêté, reprit m froidement Ostrowski ! .. . Crois-tu obtenir de moi par la « force une signature honteuse? Quand il y aurait ici « cent mille baïonnettes moscovites, je ne m'écarterais « pas de mes devoirs. » Et il se retira tranquillement avec les plus hardis patriotes. Presse par les généraux qui l'entouraient et entraîné par le découragement de tous, Malaehowski signa à contre-co'ur la capitulation qui livrait Varsovie ainsi que le pont et la tète de pont de Praga. Les Russes accordèrent en échange aux Polonais un armistice de 18 heures pour évacuer Varsovie avec armes, munitions et effets d'habillement. Mais, tandis que l'armée se retirait sur Modlin, emmenant avec elle la Diète, dont la plupart des nonces étaient à pied, les h usses. une fois en possession de Praga, violèrent audacieusement la capitulation en s'opposant à la sortie des effets militaires. Au heu de rejoindre l'armée principale, Ramorino crut devoir prendre une autre route : il dut entrer en Gallicie, et y déposa les armes. Le dernier généralissime des Polonais, Rybinski, marcha sur la Rasse- Vistule, et se vit forcé de se réfugier en Prusse! Au moment de mettre le pied sur cette frontière, Dembinski fit tout-à-coup volte-face avec l'arrière-garde, et il eut la gloire de brûler contre les Russes la dernière cartouche de la Pologne.

Le 15 septembre, la nouvelle de ce désastre futannon-

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