‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 226 sur 250 · CHAPITRE MI · texte numérisé non relu

CHAPITRE MI

30 chevaux. De nouvelles masses de cuirassiers veulent enlever la batterie 73 , le canon les décime et ils se replient au galop.

Tandis que cette redoutable batterie est occupée de sa propre défense, Kreutz et Pahlen remplacent leurs pièces démontées, et recommencent l'attaque deCzyste, qui était le point saillant de la seconde ligne. Leurs colonnes marchent résolument sur le terrain que leur artillerie a balayé, et elles enlèvent deux batteries. Assaillie de tous côtés par les troupes de Pahlen qui se glissent le long des maisons et des clôtures de jardins, la 23e batterie, commandée par le colonel Romanski, soutient une lutte désespérée. Romanski se fait tuer. C'était, avec Bem, le plus habile artilleur des deux armées.

Il était cinq heures du soir. Une grêle d'obus avait mis le feu au faubourg de Czyste, et les flammes de l'incendie éclairaient des rues jonchées de morts. Les jardins et les enclos devenaient le théâtre de combats partiels, où l'on se battait presque d'homme à homme. Le 4e de ligne, retranché dans le cimetière, s'y défend avec fureur, mais il est bientôt refoulé sous le mur d'octroi par l'incendie qui le gagne. Le général Nabakoff et les grenadiers que Szachoskoï conduit lui-même, s'avancent jusqu'à la barrière de Wola, cherchent un passage à travers les flammes, et s'engagent dans un dédale de ruelles, de fossés et de parapets. Arrivés au carrefour, ils sont à trois reprises balayés par quatre pièces de canon braquées au fond de l'allée.

Ce combat meurtrier se prolongeabienavantdansla nuit. Ce jour-là, le peuple de Varsovie fut désarmé et l'on dissipa les attroupements! Les rues de la ville étaient silencieuses et désertes : tous les regards se tournaient vers

Praga d'où Ton espérait, à chaque instant, voir revenir les 20.000 hommes <le Ramorino, si cruellement en retard A neuf heures du soir, l'armée reçut la nouvelle de la capitulation, avec Tordre de se retirer sur Praga.

Voici comment s'était opérée cette capitulation mémorahle de Varsovie. La Diète avait tenu à quatre heures une seconde séance. Krukowiecki lui avait envoyé sa démission, mais tant qu'elle n'était pas acceptée, il se croyait maître de négocier. Après une discussion violente, l'assemblée, privée de ses plus énergiques membres, présents aux remparts, refuse la démission du président et l'autorise à traiter. A cinq heures, Prondzynski, envoyé pour la troisième fois dans le camp russe, en ramenait le général Berg à travers l'incendie et le combat. Enfermé avec ce général, Krukowiecki opposa, dit-on, de la fermeté à ses exigences. On l'entendit qui disait en frappant sur la table: « S'il en est ainsi, je rappelle Ramorino, j'arme les fau- « bourgs, et je m'enterre sous les ruines de Varsovie. » Le rusé Moscovite laissa passer l'orage et ne sortit qu'en emportant la lettre suivante :

« Sire, « Chargé dans ce moment même de parler à V. M. I. et R., au nom de la nation polonaise, je m'adresse, par son Exe. Mgr. le comte Paske'witchd'Érivan, à votre cœur paternel.

« En se soumettant sans aucune condition à V. M. notre roi, la nation polonaise sait cm'elle seule est à même de faire oublier le passé et de guérir les plaies profondes qui ont lacéré ma patrie. « Varsovie, le 7 septembre, à six heures du soir. « Signé; le Comte Krukowiecki, .président du gouvernement.

Tout-à-coup. au milieu des nonces réunis au palais du gouvernement, apparaît le généralissime Malachowski. haletant et noir de poudre. Le vieillard les harangue, les

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