‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 232 sur 250 · chapitre xii · texte numérisé non relu

chapitre xii

traordinaire. En annonçant à la Chambre, dans la séance du 16 septembre, que Varsovie était au pouvoir des Russes. M. Sébastian! s'était servi de cette expression malheureuse : l'ordre règne à Varsovie; dans la séance du 19, il lui était échappé de dire que 1815 ne revivrait pas si la France était sage : ces mots volèrent bientôt de bouche en bouche, commentés par la haine. D'un auti a côté, tout concourait à augmenter la fatigue et l'irritation des troupes, forcées depuis plusieurs jours de bivouaquer sur les places. Deux députés, MM. Audry de Puyraveau et Laboissière. ne purent, au sortir d'uneséance. franchir la ligne des soldats répandus autour du Palais-Pourbon, et, même après avoir fait connaître leur qualité, ils sévirent en butte à des menaces grossières. Il était difficile que la Chambre ne ressentit pas le contre-coup de ces animosités. « M. Mauguin veut une émeute? » avaient dit les partisans du ministère; et lui, avec son audace accoutumée, il avait renvoyé cette accusation au Pouvoir. Les deux partis manquaient de preuves positives, et s'exposaient avec une égale témérité au danger d'être injustes -. mais les grandes passions se contentent des apparences. Le 21 septembre. Casimir Périer se montre tout-à-coup à la tribune. Il cherche des yeux dans la salle M. Mauguin. qu'il voudrait accabler de sa colère, et. ne l'apercevant point, il se plaint de son absence. Il engage le combat, pourtant, et repousse avec indignation le reproche d'avoir favorisé l'émeute, reproche qu'il traite de lâche calomnie. M. Mauguin était entré au moment où finissaient ces vives récriminations II monte à la tribune à son tour, et, s'emparant du rôle agressif, il dit ce qu'ont fait les ministres pour exciter les révolutions que maintenant ils

désavouent. Étalant sur le mai hic passeports et feuillesde rouie. voilà, s'écrie-t-il, voila 1rs preaves écrites de l'appui que prêtait à la révolution espagnole, il y a quelques mois, un des plus fervents soutiens dû ministère, M. Cuizot. Puis, prenant un à un les membres du Cabinet, il demande avec emportement ce qu ils représentent au Pouvoir. L'un, M. d'Argoul, était négociateur ostensible de Charles \ à l'Hôtel-de-Ville, pendant les trois jours; l'autre, M. Casimir Perier. avait obstinément refuse sa signature à l'acte de déchéance ; tous enfin avaient, en juillet, défendu la légalité, tandis que le peuple se battait. Et quel était, au dehors, le représentant de ce Cabinet? M. de Talleyrand. le même qui avait servi de parrain à la légitimité; le même qui, en 181-1. avait signé l'abaissement et la ruine de son pays. C'est donc la Restauration, la Restauration tout entière, qui est au Pouvoir, continue M. Mauguin : là est le mal. là est le danger, et l'on vient nous faire peur de la république!

Pendant cet implacable réquisitoire, interrompu à chaque instant par des acclamations, des applaudissements, des murmures, de brusques démentis, Casimir Périer se livrait sur son banc à des mouvements de rage. En lui reprochant certaines visites mystérieuses qu'il avait faites à l'hôtel de Hollande, rue de la Paix. M. Mauguin lui avait imprudemment offert l'occasion de se faire honneur à lui-même de sa générosité. Il raconta donc, avec une éloquente vivacité, qu'une malheureuse femme qui portait un nom glorieux entre tous dans l'histoire de notre pays, était venue en France avec son fils malade, fuyant l'Italie et bravant les lois cruelles qui la bannissaient du sol où Napoléon avait régné. Il raconta que cette femme

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