CHAPITRE II
attendu, et fut introduit avec précaution dans la chambre à coucher du prince. « Mon parti est pris, dit le duc de « Bourbon en l'apercevant La reine m'a aujourd'hui <( même apporté la plaque de la Légion-d'Honneur. On « veut que je figure à la Chambre des pairs. C'est impos- « sihle. » Le départ alors fut définitivement arrêté.
Mais comment couvrir l'éclat d'une semblable fuite? M. de Choulot avait appris que, dans un petit village situé à deux lieues de Saint-Leu, entre la forêt de Montmorency et celle de l'Ile-d'Àdam. une voiture stationnait depuis quelques jours, par l'ordre de la baronne, et que cette voiture devait, à un signal convenu, prendre la route de l'Angleterre. Ce renseignement suggéra à M. de Choulot le plan que voici : Il y avait au château un vieux valet de chambre nommé Leclere, qui n'était pas sans ressembler au duc de Bourbon, on devait faire revêtir au domestique l'habit du maître et le conduire, dans la voiture même du prince, jusqu'au village en question. Là, il serait monté dans la voiture préparée par madamede Feuchères : et pendant qu'on l'aurait poursuivi sur la route du Havre, le vrai duc de Bourbon se serait impunément dirigé vers la Suisse.
La fête de Saint-Louis arriva au milieu de ces préparatifs. Les habitants de Saint-Leu, qui aimaient le duc de Bourbon, lui donnèrent, dans la journée du 25, des témoignages d'affection dont il fut extrêmement touché, et qui auraient suffi à dissiper ses inquiétudes politiques s'il avait pu en conserver encore. Aussi se montra-t-il parfaitement calme. Il accueillit les autorités avec un visage gracieux et des paroles bienveillantes. Toutefois, en entendant jouer sous ses fenêtres un air qui lui rappelait de
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combien de démonstrations affectueuses on l'avait aussi entourée, cette famille royale entraînée maintenant vers de lointains pays, il s'attendrit toùt-à-coup. et s'écria d'une voix émue : Ah! quelle fête!
Ce jour-là même, madame de Feuchères se fit délivrer par le banquier Rothschild une traite d'un demi-million sur l'Angleterre, soit que des motifs étrangers a ses liaisons avec le prince la rappelassent à Londres, soit que quelques nuages se fussent élevés entre elle et le duc de Bourbon l.
Toujours est-il que le lendemain, vers huit heures et demie du matin, une seène violente eut lieu entre le prince et madame de Feuchères. On entendit le duc de Bourbon prononcer avec force le nom de M. de Choulot; et quand la baronne fut sortie. Manoury trouva son maitre assis devant la croisée de Test, sur un petit canapé, en proie à une agitation terrible et demandant de l'eau de Cologne. A la suite de cet incident, le duc de Bourhon expédia un courrier à M. de Choulot. pour lui enjoindre d'accourir à Saint-Leu, où l'attendait une communication importante. Le reste de la journée ne présenta rien d'extraordinaire. Le duc de Bourhon ayant reçu la visite de M. de Cossé- Brissac, le retint à dîner et l'engagea même à passer la nuit au château. Il causa, non sans tristesse, des événements du jour, voulut signer sur-le-champ des pétitions que le général Lamhot lui présentait en lui faisant observer quelles pouvaient n'être signées que le lendemain, et. recommanda qu'on ne s'entretint pas à table, devant les
1 Nous avons la preuve écrite de ce fait important, et tellement ignoré jusqu'ici, qu'on n'en trouve aucue trace dans le dossier de l'instruction, dont nous avons attentivement compulsé toutes les pièces.