‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 25 sur 250 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

gens, de ce qui se passait à Paris. Le dîner fut gai. Seulement. M. de Cossé-Brissac ayant parlé de quelques caricatures publiées depuis la déchéance de Charles X. le duc de Bourbon en parut affecté, et, se penchant vers madame de Feuchères : « Dites-lui donc de se taire. » Â neuf heures . le jeu commença. Car, depuis trois jours, le prince avait repris ses habitudes de plaisir. Il fit sa partie de whist avec madame de Feuchères, MM. de Lavillegontier et de Préjean; critiqua un coup, montra plusde gaîté qu'à Fordinaire. perdit de Fargent et s'abstint de payer en disant : à demain.

11 devait partir le 31 août, et telle était son impatience de quitter Saint-Leu. qu'il avait recommandé à Dubois, son architecte, de préparer son appartement à Chantilly, en toute hâte, et dût-on y passer la nuit. S'étant levé après le jeu. et traversant le vestibule pour se rendre à sa chambre à coucher, il fit à ses gens un signe amical qui les surprit, parce qu'il ressemblait à un signe d'adieu. Ltait-ce un de ces adieux funèbres par où s'échappe la pensée d'une mort prochaine? Était-ce 1 indication mélancolique du projet de voyage et d'exil ?

Arrivé dans sa chambre à coucher, où l'avaient suivi le chevalier Bonnie, son chirurgien, et Lecomte, son valet de chambre de service, le duc de Bourbon garda le silence pendant qu'on le pansait et qu'on le déshabillait. Mais cette circonstance ne fut remarquée ni par Lecomte, ni par M. Bonnie, car elle n'avait rien de contraire aux habitudes du prince. « A quelle heure Monseigneur veut-il que « j'entre demain matin, demanda le valet de chambre, au « moment de se retirer! — A huit heures, répondit le « prince avec sa tranquillité ordinaire. »

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La chambre à coucher du duc de Bourbon était liéepar un petii passage à un salon d'attente. Ge salon s'ouvrait dune part sur un cabinet de toilette touchant au grand corridor du château, de l'autre sur un escalier dérobé aboutissant au palier où étaient situés L'appartement de madame de Feuchères et celui de madame de Llassans, sa nièce. Par le palier d'en bas. l'escalier dérobé conduisait, le long d'un corridor, jusqu'au vestibule du château : et, par un palier supérieur, celui de l'entresol, il communiquait à un second corridor dans lequel se trouvaient disposées les chambres de l'abbé Briant, secrétaire de la baronne de Feuchères, de la veuve Lachassine, sa femme de chambre, et des époux Dupré, particulièrement attachés à son service. La chambre de ces derniers était placée immédiatement au-dessous de celle du prince, de sorte qu'ils pouvaient entendre aisément jusqu'au son des paroles prononcées sur leur tète.

Dans cette nuit du 26 au 27, les gardes-chasse tirent dans le parc les rondes accoutumées. Lecomte avait fermé la porte du cabinet de toilette et emporté la clef : précaution indispensable, parce qu'il arrivait fort souvent au prince de laisser ouvert le verrou de sa chambre à coucher. Mme de Flassans veilla jusqu'à deux heures du matin, occupée à écrire : aucun bruit ne la vint troubler. Les époux Dupré n'entendirent rien non plus. Et le calme le plus profond régna toute la nuit dans le château.

Le lendemain, à huit heures, selon l'ordre reçu la veille, Lecomte vient frapper à la porte de son maître. Il la trouve fermée, et le prince ne répond pas. Le valet de chambre se retire, revient quelques instants après avec M. Bonnie. frappe encore. Pas de réponse. Inquiets, ils descendent

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