‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 27 sur 250 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

de SémonvilleetCau.chy. Quoique héritier du sang, Louis deRohanne fut point prévenu et n'apprit que par les journaux la mort du prince dont un testament ignoré lui avail enlevé l'héritage.

Les divers procès-verbaux rédigés dans cette journée conclurent tous, à travers beaucoup d'inexactitudes, que devait relever une enquête ultérieure, au suicide par strangulation. Et en effet, le verrou fermé intérieurement paraissait rendre inadmissible l'hypothèse d'un assassinat. Ce fut donc sous l'empire d'une préoccupation exclusive qu'on agit dans les premiers moments, et cette préoccupation était si forte, que, dans l'impossibilité d'expliquer autrement la mort volontaire du duc de Bourbon, M. Bonnie crut devoir mettre au nombre des moyens de suicide une chaise qu'il déclara plus tard, devant la justice, n'avoir pu servir à ce triste usage, à cause de la distance où elle se trouvait du corps. Cette chaise, il l'avait poussée du pied en pénétrant dans la chambre, et il supposait dans son procès-verbal que le prince vêtait monté pour se donner la mort .

Cependant, et même avant qu'on eût appris combien il était facile de ramener du dehors un verrou dans sa gâche, la supposition du suicide allait s'affaiblissant peu à peu dans tous les esprits. L'âge du prince, la trempe peu énergique de son caractère, ses sentiments religieux bien connus, l'horreur qu'il avait en mille circonstances témoignée à la seule pensée delà mort, son opinion sur le suicide, qu'il regardait comme une action lâche, la sérénité de ses derniers jours, tout cela déjouait les conjectures que la fermeture du verrou avait d'abord fait naître. On trouva sur la cheminée la montre de chasse du prince,

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remontée par lui la veille comme à l'ordinaire, et. sous le traversin, un mouchoir avec un nœud semblable à ceux qu'il avait coutume de faire, en se couchant, pour se rappeler les choses <lu lendemain. Le corps, d'ailleurs, n'é-

tait-il pas dans un état de suspension incomplète;1 Le valet de pied Romanzo. qui avait voyagé en Turquie el en Egypte, et son camarade, l'Irlandais rite, avaient vu beaucoup de penchas : ils déclaraient que la figure de ces malheureux était non pas blafarde, mais noirâtre: qu'ils avaient les yeiXS ouverts, la conjonctive injectée de sang, et la langue bois de la bouche : signes en tout contraires àceux (pie présentait le corps du duc de P>ourbon. Quand on détacha le cadavre, ce tut Romanzo qui défitle nœud de l'espagnolette, et il n'y parvint qu'avec beaucoup de peine, tant ce nœud était artistement t'ait et serré avec force. Or, parmi les serviteurs du prince, nul n'ignorait que sa maladresse était extrême: qu'il ne pouvait nouer les cordons de ses souliers: qu'il faisait lui-même, à la vérité, la rosette de sa cravate, mais non sans que son valet de chambre fût obligé d'en ramener par-devant les deux bouts: qu'il avait reçu un coup de sabre à la main droite, et avait eu la clavicule gauche cassée, ce qui l'empêchait d'élever sa main gauche au niveau de sa tête : qu'enfin, il ne pouvait faire ce qu'on appelle en terme de chasse le coup du roi. qu'en se renversant en arriére. En admettant même que la chaise dérangée par M. Ronnie eût été à portée du prince, conformément à la déclaration de M. Ronnie dans le procès-verbal et contrairement à ses affirmations subséquentes devant la justice, ceux-là se montraient peu convaincus qui savaient combien le vieillard montait difficilement les escaliers , et qu'il avait

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