‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 26 sur 250 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

alors l'un et l'autre chez Mme de Feuchères. « J'y vais « monter bien vite, s'éerie-t-elle : quand il entendra ma « voix, il me répondra. » Et elle s'élance hors de son appartement, à moitié vêtue. Arrivée à la porte avec M. Bonnie et Lecomte. « Ouvrez, Monseigneur; ouvrez! c'est « moi! » Toujours le même silence. Mais déjà l'alarme s'était partout répandue. Les valets de chambre Manoury et Louis Leclerc, l'abbé Briant. M. Méry-Lafontaine, étaient accourus. Au moyen d'une masse en fer apportée par un des gens de service. Manoury heurte la porte violemment, brise le vantail du bas, et pénètre dans la chambre avec Lecomte et Bonnie. Les volets étaient fermés, l'obscurité était grande. Pourtant, une bougie brûlait dans l'àtre du foyer, mais derrière un garde-feu en tôle qui en dirigeait vers le plafond la clarté douteuse. A cette faible lueur, la tête du prince fut entrevue, collée contre le volet de la croisée du nord. On eut dit d'un homme qui écoute. La croisée du levant, ouverte par Manoury, ne tarda pas à éclairer un affreux spectacle. Le duc de Bourbon était pendu ou, plutôt, accroché à l'espagnolette de la fenêtre. La porte fut ouverte : chacun se précipita. On n'arrêta sur le seuil que Mme de Feuchères, qui se laissa tomber en gémissant sur un fauteuil du cabinet de toilette. En même temps un grand bruit se faisait dans les cours du château. C'est monseigneur qui est mort ! criaient les domestiques effarés. Entendant courir sous ses fenêtres, l'aumônier du prince se hâte vers le lieu de cette scène étrange, et il aperçoit, dans le salon d'attente, M. de Préjean, debout contre la porte vitrée, le visage altéré, les yeux pleins de larmes, et, tout près, Mme de Feuchères assise, paraissant prêter l'oreille aux consolations de M. Bonnie et étendant

les mains vers ceux qui cul raient. Mannun s'avance alors vers L'aumônier, L'entraîne dans la chambre mortuaire, et lui dit en lui montrant le corps : Voilà Monseigneur!

Le duc de Bourbon était attaché à l'espagnolette de La croisée du nord, par deux mouchoirs passés L'un dans l'autre : le premier formant un anneau aplati el allongé, le second un ovale dont la base supportait la mâchoire inférieure et qui avait son sommet derrière la tête, sur le haut. Le mouchoir de compression ne faisait pas nœud coulant ; il ne pressait pas la trachée artère, laissait la nuque à découvert, et se trouvait tellement lâche, qu'entre ses plis et la tète quelques-uns des assistants purent aisément passer les doigts. La tète du mort penchait sur sa poitrine, son visage était pâle. La langue ne sortait pas de la bouche et poussait seulement les lèvres, les mains étaient fermées, les genoux ployés; et. par leur extrémité, les pieds portaient sur le tapis-, de sorte que, dans les souffrances aiguës qui naissent des derniers efforts de *a vie, le prince n'aurait eu. pour échappera la mort, qu'à se dresser sur les pieds en s'appuyant contre les volets de la fenêtre. Cette disposition et ces apparences du corps combattaient puissamment l'hypothèse du suicide. Elles frappèrent de surprise la plupart des assistants.

Vinrent les autorités : le maire de Saint-Leu d'abord, qui fit constater l'état du corps-, ensuite le juge de paix d'Enghien, qui le fit détacher et transporter sur le lit 5 plus tard, le juge d'instruction de Pontoise, par qui fut dressé l'état des lieux. De son côté, le roi, instruit vers les onze heures et demie de l'événement, avait envoyé à Saint-Leu H. Guillaume, son secrétaire, MM. deRumigny,Pasquier,

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