CHAPITRE I
Aussi vit-on tous les partis en Angleterre se réunir sinon pour célébrer la victoire remportée en France sur la monarchie, au moins pour insulter au monarque vaincu. Lorsque le navire qui portait Charles X et sa famille entra dans la rade de Portsmouth, les Anglais accoururent en lbule sur le port avec la cocarde tricolore. En même temps on montrait dérisoirement au peuple, dans les rues de Portsmouth, des vues du Grcat-Brilain, et on tapissait les murs de la ville de placards offensants pour les exilés. Sur un de ces placards on avait écrit : « Quel est le véri- « table sentiment des Anglais pour l'individu infortuné « qui a violé les lois qu"il avait juré du maintenir ? — « Horreur et mépris. » Le duc deRaguse étant débarqué, après avoir fait ses adieux à la famille royale, la douane déploya envers lui une rigueur puérilement exagérée ; et il ne se fut pas plutôt avancé sur le rivage qu'une multitude furieuse entoura sa voiture en proférant des menaces. Charles X n'ayant pu descendre à Portsmouth. le Grcat-Brilain et le Charles-Caroll allèrent mouiller à Cowes. Eh bien, des Anglais venaient à bord se placer en face des princes déchus; et, le chapeau sur la tète, les bras croisés, ils se mettaient à les contempler avec une curiosité ironique et si insultante, que le capitaine dut, sur la prière de Charles X, interdire l'entrée du navire.
Loin de s'opposer à ces démonstrations, aussi dépour-
« pas effacé notre famille entière de la liste des vivants. Cela me fait « ressentir plus vivement que je ne le faisais, quoique cela ne soit guère « possible, le bienfait de la généreuse protection qui nous est accordée par « votre nation magnanime. J'ai quitté ma patrie de si bonne heure, que « j'ai à peine les habitudes d'un Français, et je puis dire avec vérité que je « suis attaché à l'Angleterre, non-seulement par la reconnaissance, mais « aussi par goût et par inclination. »
vues de bonne foi que de dignité, le gouvernement anglais 1rs encourageai! . el il y ajouta le mensonge de ses propres dédains. Charles \ avait demandé la permission de débarquer en Angleterre. Los ministres tories lui firent répondre qu'il n'était autorisé à toucher le sol anglais qu'en se dépouillanl de son titre de roi. Pour trouver asile chez une nation qui avait toujours mis son orgueil à paraître hospitalière, Charles \ fut obligé de prendre le nom de comte de Ponthieu.
Le baron d'Hausser, qui avait précédé son vieux maître sur cette terre ennemie, et qui n'y avait reçu de lord Wellington qu'un accueil grossier, le baron d'Haussez suivi! Charles \ dans la demeure assignée à son exil. Le château d'Holyrood était dans un état de délabrement complet. On n'avait rien fait pour le rendre habitable: les fauteuils y étaient encore couverts de la poussière dont le temps les avait chargés: les tapisseries y tombaient en lambeaux : tout y rappelait le enté mélancolique et sombre de l'histoire des Stuarts.
Dans un pays gouverné alors par des tories, fils de Jacobites. comment Charles X n'aurait-i! pas songé à la généreuse et magnifique hospitalité que Jacques ÎI avait jadis trouvée à Saint-Germain? Mais à Holyrood aucun monarque ne vint, comme à Saint-Germain, au bas du grand escalier, recevoir le visiteur attendu. Au lieu d'un prince, ce fut un concierge qui parut les clés dans la main . et montrant d'un air dur des appartements solitaires. A la place de cette cassette remplie d'or qu'avait offerte au dernier des Stuarts la munificence de Louis XIV, on ne voyait sur la table que des papiers couverts de caractères à peine lisibles : assignations de créanciers, arrêts de sai-