‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 37 sur 250 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

du comité, il répondit que le premier devoir du gouvernement français était d'éviter un conflit européen : que la nouvelle royauté ne pouvait, sans se compromettre, assister les révolutionnaires espagnols: que, pour son compte, il était bien décidé à combattre, dans le conseil, toute mesure ayant pour objet d'encourager leurs démarches : que. comme homme, néanmoins, mais en cette qualité seulement, il ne refusait point de venir en aide à des infortunes qui le touchaient. « Mais alors, s*écria M. Dupont. * entre vous et nous. c*est la guerre. Monsieur. — Eh « bien. c'est la guerre, reprit froidement le ministre. »

M. Guizot manifesta des sentiments bien opposés. !1 répondit à M. Louis Yiardot. réclamant au nom des réfugiés l'appui du ministère : « Dites à ceux qui vous « envoient . que la France a commis un crime politique « en 1823 -. qu'elle doit à l'Espagne une éclatante répa- « ration, et que cette réparation sera donnée. »

Mais le comité sentait bien de quel poids serait dans la balance du succès l'adhésion personnelle du roi. Une audience lui fut donc demandée par MM. Dupont. Marchais et Loëve-Weimar. Au jour fixé, ces messieurs se présentèrent au Palais-Royal, où M. Odilon Barrot leur servit d'introducteur. Le roi les accueillit avec une grâce parfaite. Il reconnut que la France était menacée d'une guerre sur les bords du Rhin : que l'orage pouvant à toute heure gronder sur elle du côté du nord, il importait qu'au midi elle fût mise à l'abri de toute attaque. Il avoua que la protection promise par Ferdinand Vil aux carlistes du midi lui paraissait alarmante, et qu'il était par conséquent d'un haut intérêt politique de leur enlever les Pyrénées. 11 ajouta qu'il n'ignorait point que cette politique

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le poussait à combattre des intérêts de famille. « Mais en « ce qui concerne Ferdinand Vil. continua-t-il, on peut « le pendre si on veut : c'est le plus grand coquin qui ait « jamais existé. » Les représentants du comité voyanl le roi dans de semblables dispositions, crurent le moment venu de lui parler des projets des réfugiés espagnols. Ces projets consistaient a offrir la couronne d:Espagne au duc de Nemours en lui donnant pour épouse Doua Maria, ce qui aurait l'ait prévaloir dans l'Espagne et le Portugal réunis l'influence françaiseet les traditions de la politique de Louis XIV. I ne pareille proposition était peu acceptable, a cause de la haine que se portent l'un à l'autre le peuple espagnol et le peuple portugais. Ce ne fut point, toutefois, par ce motif que le roi la repoussa. 11 s'exprima sans détour sur le danger de céder à une tentation de ce genre. 11 voyait dans l'offre d'une couronne pour un de ses {ils quelque chose de singulièrement hasardé, et ne voulait point se compromettre aux yeux de l'Europe. Quant aux .secours d'argent qui lui étaient demandés, il s'ahstint également et de les promettre et de les refuser. Mais, quelques jours après, il mit à la disposition de M. de Lalayette cent mille francs tirés de la cassette royale, et destinés à soutenir les tentatives des révolutionnaires espagnols. Soixante mille francs furent portés à Bayonne par M. Chevallon. et M. Dupont fut chargé d'aller en remettre quarante mille à Marseille, au colonel Moreno. qui devait les faire passer au général Torrijos.

Devenus de la part du gouvernement français l'objet d'une protection aussi directe, les réfugiés espagnols s'élancèrent, le cœur plein d'espoir, à la conquête de leur patrie. Chaque jour, des bandes de trente, quarante, cin-

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