CHAPITRE III
quante hommes . partaient pour les Pyrénées . tambour battant et enseignes déployées. Des feuilles de route étaient distribuées aux volontaires par M. Girod (de l'Ain), préfet tle police. L'impériale des voitures publiques était toujours retenue d'avance pour les proscrits. Enfin, comme on rassemblait des fusils de toutes parts et que l'ambassadeur d'Espagne. M. d'Ofalia. s'en plaignait, on fit de secrets dépôts d'armes avec l'assentiment de MM. Montalivet et Guizot.
Le général Mina était à Paris, se disposant à courir aux Pyrénées. Le maréchal Gérard eut une entrevue avec ce célèbre chef de partisans, lui prodigua les témoignages de la plus vive sympathie, et promit à sa cause l'appui du gouvernement français. « Mais il importe, lui dit-il, de ne rien « brusquer. Partez pour Rayonne sans retard, et jurez- « moi de vous abstenir de toute entreprise jusqu'à ce que « la France se soit nettement posée à l'égard de l'Europe.» Mina ne pouvait suspecter la loyauté du maréchal Gérard : il promit et partit pour Bayonne sans faire confidence à qui que ce fût de ses espérances et de ses projets. Arrivé à Bayonne, il tint parole. Mais son inaction, dans des circonstances où le succès dépendait tout entier de la promptitude et de l'audace, ne tarda pas à faire planer sur lui les plus cruels soupçons. Les réfugiés espagnols formaient alors deux camps : d'un côté les partisans de la France : de l'autre, ceux de l'Angleterre. Mina est accusé de trahison par quelques-uns de ses compatriotes : on le croit vendu aux Anglais. Enchaîné par sa parole, il ne peut ni agir ni se défendre. La défiance, si naturelle aux cœurs souffrants, se glisse parmi les réfugiés, les divise, pousse ceux-ci à une précipitation dangereuse, glace l'ardeur de
ceux-là. Bientôt au malheur de ces divisions vient se
joindre, pour les réfugiés, un malheur plus grand encore. Ferdinand Vil. frappé d'épouvante, ;ivail fait connaître les conditions de L'appui qu'il consentait, à prêter à Louis- Philippe, ("est ce qu'attendait le Cabinet du Palais-Royal. 11 défendit tout-à-coup les départs, suspendit les secours, se mil en mesure de dissiper les rassemblements, imposa aux autorités l'obligation d'une surveillance active, et lit voler jusqu'à Bayonne, sur l'aile du télégraphe, des ordres inhospitaliers.
Ce fut alors que. cédant au conseil de son désespoir, le colonel Valdès franchit la Bidassoa. Le 13 octobre, à la tête d'un petit nombre de braves, il touchait le sol sacré de son pays aux cris mille fois répétés de vive la constitution ! et sans autre garantie de succès que la justice de sa i ause et son épée. La fortune lui fut d'abord favorable : autour de son drapeau, qui était celui d'un proscrit, quelques généreux Espagnols accoururent. Mais de douloureux mécomptes lui étaient réservés. Un autre chef de bande, le général Chapalangarra, était entré en Espagne avec cette conviction fatale que, pour soulever la contrée, il lui suffirait de se montrer: et à ceux qui lui représentaient les dangers d'une aussi grande confiance, il avait répondu : « Les balles me respectent trop pour m'at- « teindre. D'ailleurs, qu'importe? je montrerai du moins (( comment sait mourir un soldat de la liberté. » En effet, ayant aperçu un poste de royalistes, il s'avança seul sur la route après avoir défendu aux siens de faire feu, et prononça quelques paroles amies. On lui répondit par une décharge : il tomba mort. Ses compagnons, trop faibles pour résister, reculèrent jusqu'à une auberge où était éta-