‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 39 sur 250 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

bli un poste de cent hommes que les royalistes avaient t'ait reconnaître par un espion déguisé en marchand de gâteaux. Ce poste, vivement attaqué, se défendit avec vigueur. Là combattaient pour la cause de l'Espagne huit volontaires parisiens, dont quatre se firent tuer ; les quatre autres, après s'être battus vaillamment, parvinrent à se sauver à la nage. La troupe de Chapalangarra fut décimée et se dispersa. Premier échec qui n'était que le signal d'un grand désastre ! Privé d'un appui sur lequel il avait compté, et accablé par des forces supérieures, Yaldès s'était concentré à Véra, où il ne pouvait manquer d'être cerné et de périr. La nouvelle en arrive jusqu'à Mina, qui se décide alors à quitter Bayonne pour courir au secours de son frère d'armes. Il rassemble ses compagnons, trompe la surveillance de l'autorité . oppose la bonne volonté de quelques patriotes français aux douaniers qui veulent arrêter les caisses de médicaments qu'il emporte avec lui. et passe enfin la frontière après bien des obstacles et des périls. Une mésintelligence profonde existait entre Mina etValdès. Le premier ne voulait que réduire Ferdinand VII à des concessions libérales 5 le second voulait le détrôner. Mais, en s'apercevant, les deux chefs se tendirent la main, sacrifiant leurs répugnances à la patrie, qui les appelait sur le même champ de bataille. Yaldès restant à Véra, Mina courut à Iran, dont il se rendit maître. Malheureusement les chefs espagnols n'avaient pu prévoir <3n commençant leur entreprise, tous les dangers qui les attendaient.

Il avait été convenu qu'au moment où Mina entrerait en Espagne par la Navarre, le général Placensia y entrerait par F Aragon, de manière à tenir en échec les troupes de

80 HISTOIRE l>K IH\ ans.

cette dernière province Mais, sur L'ordre du gouvernement français, dos armes envoyées au général Placensia furent saisies, cinq cents fusils et six mille cartouches rassembles par les soins du général Vigo, furent confisqués à Maulian, el pareille confiscation eut lieu à Bagnères. chez le général Gurrea : car le gouvernement français mettait à faire échouer les efforts des patriotes espagnols autant (laideur qu'il en avait mis d'abord à les exciter. D'un autre côté, on informait soigneusement le gouvernement espagnol de toutes les mesures prises en France. Le capitaine-général de 1 Aragon apprit donc que cette province n'était pas menacée, et reçut ordre de réunir ses troupes à celles de la Navarre. Toute résistance devenait par là inutile. Mina, qui, après la prise d'Irun, avait occupé les hauteurs d'Oyarzun, fut averti que Valdès, à Vera, allait se trouver enveloppé. Il lui envoya aussitôt ses cavaliers et un petit nombre de fantassins commandés par les généraux Lopez-Banos etButron. Avec ce renfort. Valdès disputa le terrain pied à pied : c'était lutter contre l'impossible. II dut repasser la frontière, suivi de ceux de ses compagnons qui n'avaient point péri dans cette lutte inégale. Hélas! à ces malheureux le sol de France ne fut pas moins fatal que celui de leur pays. Là où ils croyaient trouver un asile, beaucoup ne devaient trouver qu'un tombeau. Par une violation du droit des gens qui n'eut d'égal à son audace que le scandale de son impunité, les royalistes poursuivirent, leurs ennemis jusque sur le territoire français et y fusillèrent leurs prisonniers. Plein de douleur et d'indignation, un aide-de-camp de Valdès ne voulut point conserver la vie dans cette France qu'il avait cependant aimée : il rentre en Espagne pour y mourir.

Page 1