‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 42 sur 250 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

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tous les pouvoirs. Plusieurs de ses émissaires partirent pour la Belgique. Ils y échauffèrent les esprits et y jetèrent parmi le peuple la semence des passions dont ils étaient animés eux-mêmes, si bien que dans la nuit du 25 au 26 août 1830, ce cri avait retenti dans les rues de Bruxelles : Imitons les Parisiens! Le mouvement qui, alors, emporta quelques jeunes gens, au sortir d'une représentation delà Muette, n'eut d'abord que le caractère d'une émeute. La maison d'un journaliste ministériel mise au pillage; le drapeau tricolore déployé; quelques boutiques d'armuriers envahies ; les vitres de la cour d'assises brisées ; l'hôtel du ministre de la justice, Van Maanen, incendié aux cris de joie de la multitude : là semblaient devoir se se borner les vengeances de la nation belge contre la Hollande. C'était une protestation violente plutôt qu'un essai de révolution.

Et en effet, presque tous les industriels de la Belgique étaient unis à la Hollande par le lien de leurs intérêts privés : les plus hardis ne désiraient guère qu'une séparation administrative, avec le prince d'Orange pour roi. Le peuple était disposé à vouloir davantage non par suite dune appréciation bien nette de ses intérêts, mais parce qu'il était entretenu dans des sentiments de haine et de révolte par le clergé catholique.

Cette divergence de sentiments se manifesta dès le lendemain de l'émeute du 25 août. La première pensée delà bourgeoisie appartint au rétablissement et au maintien de l'ordre. On s'empressa d'envoyer à la Haye une députation chargée de présenter au roi Cuillaume une adresse respectueuse qui se terminait par ces mots : « Pleins de «. confiance dans la bonté de votre majesté et dans sa

« justice, lescitoyens de Bruxelles n'ont député vers vous « leurs concitoyens que pour acquérir la douce certitude « que les maux dont on se plaint seront aussitôt réparés « que connus. Les s. -s. sont convaincus qu'un des meil- « leurs moyens de parvenir à ce but si désiré sera la « prompte convocation des états-généraux.

« Bruxelles, ce 28 août 1830. »

11 est certain «pie la bourgeoisie belge, considérée dans ce qui constituait sa principal i force, c'est-à-dire les industriels et les commerçants, était beaucoup plus portée à craindre une révolution complète qu'à la désirer : d'abord, parce qu'une semblable révolution aurait créé naturellement à la Belgique une situation violente et l'aurait précipitée dans un avenir plein d'orages: ensuite, parce qu'une secousse aussi profonde n'était point nécessaire pour amener le redressement des griefs dont on se plaignait. Dans la deuxième chambre, 55 députés représentaient le nord, 55 députés représentaient le midi : quelques voix de plus acquises à la représentation méridionale suffisaient donc pour renverser les bases de l'union et faire passer de La Haye à Bruxelles le sceptre des Pays-Bas.

.Mais la journée du 25 août venait de placer les événements sur une pente où il eût été bien difficile de les arrêter. Une vive fermentation régnait dans le peuple ; un appât nouveau venait d'être offert à des ambitions mécontentes ; le drapeau brabançon flottait à Bruxelles; le mouvement insurrectionnel de cette ville embrassait Liège, Louvain, Namur -, et, comme pour rendre la rupture inévitable , les feuilles hollandaises demandaient avec emportement qu'on châtiât les rebelles.

Ce fut au milieu de cette anxiété générale, le 31

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