CHAPITRE
août 1830. que le prince d'Orange et le prince Frédéric arrivèrent à Vilvorde, à la tète de leurs troupes. Une commission est aussitôt nommée à Bruxelles pour offrir aux princes d'entrer dans la ville. Ils y consentent à condition que le drapeau brabançon fera place aux couleurs de la maison d'Orange. A cette nouvelle , la ville de Bruxelles s'émeut; on dépave les rues, on abat des arbres, on prépare des barricades. Une nouvelle députation part pour Vilvorde, à travers les flots d'une multitude en émoi. A onze heures du soir, les députés étaient de retour à Bruxelles: et. à minuit, on lisait dans les corps de gardes bourgeois, au milieu d'acclamations ardentes, une proclamation ainsi conçue :
« S. A. B. le prince d'Orange viendra aujourd'hui, « avec sonétat-major seulement etsans troupes ; ildemande « que la garde bourgeoise aille au-devant de lui. Les « députés se sont engagés à la garantie de sa personne et « à la liberté qu'il aura d'entrer en ville avec la garde « bourgeoise ou de se retirer, s'il le juge convenable. »
Le lendemain, 1er septembre, le prince d'Orange fit son entrée à Bruxelles. La garde bourgeoise s'était avancée au-devantde lui, marchant en ordre de bataille pour ainsi dire, et livrant aux airs avec orgueil les couleurs brabançonnes. Au pont de Laëken, le prince d'Orange atteignit la tète de la colonne. Il n'était accompagné que de quelques aidcs-de-camp.Une foule innombrable se pressait sur la route qu'il avait à parcourir. A son approche, le tambour battit aux champs, et les gardes lui présentèrent les armes. Il put même juger aux cris de Vite le prince! qui retentissaient de distance en distance, qu'il n'entrait pas dans une ville ennemie. Mais lorsqu'il aperçut dans
8G HISTOIRE DE DIX ans.
les rçues d'énormes barricades et toul le sinistre appareil dune cité en péril, il se sentit prêt à défaillir et pâlit.
D'ailleurs, à mesure qu'il avançait, la voix du peuple dominait de plus en plus celle delà bourgeoisie et portait à son cœur épouvanté ces cris de guerre : Vive la liberté} A bas Van Maanen ! Pour se rendre à son palais, il voulait suivre la rue de la .Madeleine : on cria de toutes parts : A 1,'llôtel-de-Ville! Profondément troublé, il continua sa route avec une extrême vitesse et comme en fuyant. Sur la place de la Justice, où il parut seul, ses aides-de-camp ne Tayaut pu suivre, une sentinelle donna l'alarme, et le poste, accourant, croisa sur lui la baïonnette. Ainsi la fièvre révolutionnaire avait déjà gagné Bruxelles, et le prince se trouvait engage dans une entreprise dont le (U-noùment pouvait devenir terrible. Il abrégea le plus qu'il put son séjour dans une ville où déjà flottait partout le drapeau fatal à sa maison. Mais plusieurs députations s'étaient succédé auprès de lui; il avait reçu la visite de presque tous les notables de Bruxelles, et une commission nommée pour aviser aux mesures à prendre dans la circonstance avait enfin prononcé le mot séparation. Ce mot laissait au prince d'Orange l'espoir d'une couronne. « A ce « prix, dit-il dans une réunion où la question devait se a décider, vous me serez fidèles ? — Oui ! oui ! répon- « dirent avec enthousiasme les assistants. — Et vous « ne vous réunirez pas aux Français ? — Jamais î » Ce fut alors entre le prince et ceux qui l'entouraient un échange de paroles passionnées. L'émotion de l'assemblée était au comble, et on raconte que le prince d'Orange fondait en larmes. Le 4 septembre il quitta Bruxelles où il ne devait plus rentrer.