CHAPITRE
débouchés nouveaux, la domination industrielle du globe, l'empire des mers ! Cette impossibilité, que l'esprit étroit de M. de Talleyrand était incapable depressentir. n'échappa certainement pas à la sagacité des hommes d'Etat de l'Angleterre: mais, habitués à dissimuler leurs sentiments, ils acceptèrent avec transport l'offre d'une alliance que la détresse de leur pays leur rendait momentanément nécessaire.
Le profit en était pour eux. tout le danger pour la France. L'empereur de Russie considéra la nomination de M. de Talleyrand comme une sorte de déclaration de guerre. Il ne lui était plus permis de douter du changement qui allait s'introduire, sous Louis-T»bilippe. dans la diplomatie de l'Europe, relativement à la question d'Orient. Toutefois, comme il n'était pas encore prêt pour la guerre, il crut devoir temporiser avec sa haine, dont la lettre suivante, toute méprisante qu'elle était, ne présentait encore qu'une expression adoucie :
« J'ai reçu des mains du général Athalin la lettre dont « il a été porteur. Des événements à jamais déplorables « ont placé votre majesté dans une cruelle alternative. « Elle a pris une détermination qui lui a paru la seule « propre à sauver la France des plus grandes calamités. « et je ne me prononcerai pas sur les considérations qui « ont guidé votre majesté, mais je forme des vœux pour « que la Providence divine veuille bénir ses intentions et « les efforts qu'elle va faire pour le bonheur du peuple « français. De concert avec mes alliés, je me plais à ac- « cueillir le désir que votre majesté a exprimé d'entrete- « nir des relations de paix et d'amitié avec tous les Etats « de l'Europe. Tant qu'elles seront basées sur les traités
« existants et sur la l'orme volonté de respecter les droits « el obligations, ainsi que l'état de possession territoriale, « <|if ils ont consacres, l'Europe y trouvera une garantie » de la paix, si nécessaire au repos de la France elle- « même. Appelé conjointement avec mésalliés à cultiver « avec la France, sous son gouvernement, ces relations « conservatrices, j'y apporterai pour ma part toute la « sollicitude qu'elles réclament, et les dispositions dont a j'aime à offrir à votre majesté l'assurance, en retour
des sentiments qu'elle m'a exprimés. Je la prie d"agréer <c en même temps, etc., etc.
« Nicolas. »
Le ton dédaigneux de cette lettre, ses réticences pleines de menaces, l'omission insultante de ces mots monsieur mon fvh-e, que Louis-Philippe avait eu un grand soin d'employer, tout cela fut un coup de foudre pour le Palais- Royal. Il nese découragea point cependant, et ne songea plus qu'à mériter par de nouveaux efforts, surtout dans la question belge, la bienveillance des Cours.
Depuis que le prince d'Orange avait quitté Bruxelles, tout y était en proie à la plus horrible confusion. Un fantôme de gouvernement y était apparu; mais comme la Belgique n'avait pas encore poussé contre la dynastie de Nassau son irrévocable cri de guerre, nul pouvoir belge n'osait ni se croire ni se dire légitime. Le peuple qui partout se plaît aux situations violentes, parce qu'elles rompent la monotonie de ses douleurs, et que souffrir détourne de craindre, le peuple s'agitait et appelait les hasards. La haine irréfléchie, long-temps couvée dans son sein sous l'ardente excitation du clergé catholique, éclatait contre la Hollande avec une fougue qui troublait tout. Des