‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 58 sur 250 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

eu d'excellentes idées, qui avaient échoué à cause de la défiance qu'il inspirait à ses collègues. Membre de la commission d'accusation dans le procès des ministres, il inspira la même défiance, il rencontra les mêmes obstacles. Dans son projet de jeter de l'éclat, d'agrandir le rôle de la Chambre, d'exprimer aux yeux de tous sa souveraineté, MM. Madier de Montjauet Bérenger ne voulurent voir qu'un étroit calcul d'ambition personnelle. Sans combattre ouvertement les vues de leur collègue, ils s'appliquèrent à les déjouer.

Le jour où les commissaires devaient se rendre à Yincennes étant venu. M. Mauguin fut très-surpris de n'apercevoir que cinq ou six gendarmes pour former l'escorte, et deux voitures au lieu de huit. Il en témoigna son mécontentement avec vivacité : il était trop tard. M. Madier de Montjau poussait si loin, dans cette occasion, le goût de la modestie, qu'il avait écrit secrètement au général Daumesnil, gouverneur de Yincennes, pour le prier de faire aux commissaires un accueil extrêmement simple. Cependant, quand ils entrèrent dans le château, ils trouvèrent toute la garnison rangée en bataille, on leur présenta les armes, le tambour battit aux champs-, et, lorsque M. Madier de Montjau, prenant à part le gouverneur, lui demanda pourquoi il ne s'était point conformé aux instructions reçues : « Je m'en serais bien gardé, répondit le gé- « néral Daumesnil. La souveraineté aujourd'hui n'est- « elle pas dans la Chambre ? » Mot qui explique bien la répugnance avec laquelle de hauts personnages voyaient alors tout ce qui pouvait donner à la souveraineté parlementaire trop de relief et de prestige î

L'interrogatoire des anciens ministres fut solennel, et il. 8

11 î HISTOIRE DE MX ANS.

plus grave que sévère. Seul. M. Mauguin donna des signes de sensibilité. Il avait jadis obtenu de M. de Peyronnet une amnistie pour des Français réfugies en Espagne, il avait connu M. < 1 * * Guernon-Ranville, et plus intimement

encore M. de Chantelauze. Quand ce dernier, pâle, malade, atterré, se présenta tout-à-coup à lui. il ne put sTempêcherde lui tendre la main et tondit en larmes. M. de Chantelauze, en effet, paraissait plier sous le poids de son infortune. M. de Peyronnet, au contraire, déployait une assurance qui n'était pas exempte de bravade. 11 expliquait sa coopération aux ordonnances par son dévoûment absolu pour un roi qui l'avait comblé de bienfaits. Le courage de M. de Guernon-P.anville était mêlé de mauvaise humeur. Quant à M. dePolignac, son attitude étonnait au plus haut point les commissaires. Calme et presque souriant, il avait l'air de regarder tout ce qui se passait comme une comédie de mauvais goût. « La responsabi- « lité des ministres, disait-il, n'est qu'un corollaire de a l'inviolabilité royale. On n'a pas respecté l'inviolabilité « de Charles X, donc ses ministres ont cessé d'être res- « ponsables. » C'était dire à la victoire de fléchir sous des subtilités de légiste. Mais, à l'abri de ces conséquences d'une fiction qui n'avait sauvé ni Charles 1er ni Strafford, M. de Polignac se croyait inattaquable. « Quand me met- « tra-t-on en liberté? » répétait-il sans cesse. On entendait pourtant retentir autour de la prison des clameurs sinistres.

Les commissaires eurent soin de tempérer par beaucoup d'égards l'austérité de leur mission, lis coupaient court aux réponses des anciens ministres lorsqu'elles devenaient compromettantes. Les interrogatoires firent place très-

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