‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 77 sur 250 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

sa confiance le compromettait en compromettant son pays. et il résolut, d'accord en cela avec M. Dupont (de l'Eure), de prendre enfin position vis-à-vis de la France par une démarche éclatante. M. Thiers fut chargé de rédiger un discours que le président du Conseil devait lire à la Chambre et où serait clairement expliquée la politique du Cabinet. Ce discours fut lu en Conseil. On y faisait parler à la France un langage digne d'elle. Pendant la lecture, le roi, qui était présent, donnait les signes du plus ardent enthousiasme, se promenant à grand pas, et appuyant de la voix et du geste tous les passages belliqueux. Les deux dernières pages lui parurent seules trop passionnées. C'était Favis de M. LafTitte; elles furent supprimées. Au moment où le Conseil allait se séparer, le roi demanda le discours comme pour le relire, non sans répéter combien il en approuvait l'esprit et la lettre. Le lendemain, Fétonnement de M. Laflïtte fut extrême lorsqu'on lui remit, de la part du roi, le manuscrit chargé de ratures. M. Dupont (de l'Eure) en fut particulièrement affligé. Suivi de M. Thiers, il se rendit auprès du roi pour lui déclarer que si les ratures n'étaient point annulées, il offrait sa démission. Le procès des ministres de Charles X n'était pas encore arrivé à son dénoùment : le roi céda, et il fut convenu que le discours serait prononcé tel qu'on l'avait accepté dans le Conseil.

Le bruit s'était répandu qu'une communication ministérielle allait être faite aux Chambres. Le Ie' décembre, une grande affluence de spectateurs encombrait les avenues du Palais-Bourbon. Plusieurs membres du corps diplomatique s'étaient rendus à la Chambre. M. LafTitte parut à la tribune. Après avoir parlé des craintes de guerre qui s'étaient pro-

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pagées, des rapports d'amitié qui existaient depuis la révolution entre le Cabinet du Palais-Royal et les autres Cabinets: après avoir représenté le trône de Louis-Philippe élevé par la modération puissante de la France el salué aussitôt par la modération éclairée de l'Europe, « la France, dit le président du Conseil, ne permettra pas « que le principe de non-intervention soit violé. .Mais elle « s:effbrcera aussi d'empêcher que l'on compromette une « pais, qui aurait pu être conservée. Si la guerre devient « inévitable, il faut qu'il soit prouvé, à la face du monde, u que nous ne bavons pas voulue, et que nous ne l'avons « faite que parce que bon nous mettait entre la guerre et « l'abandon de nos principes. Nous n'en serons que plus « forts quand à la puissance de nos armes nous joindrons « la conviction de notre bon droit. Nous continuerons « donc à négocier, et tout nous fait espérer que ces ne- « gociations seront heureuses. Mais, en négociant, nous « armerons.)) Des cris d'approbation s'élevèrent. Alors, reprenant avec plus d'énergie . « Sous très-peu de temps. « continua le ministre, nous aurons, outre nos places « fortes approvisionnées et défendues , cinq cent mille » hommes en bataille, bien armés, bien organisés, bien « commandés. Un million de gardes nationaux les appuie- « ront, et le roi, s'il en était besoin, se mettrait à la tète « de la nation. » ici, les applaudissements couvrirent la voix de l'orateur. «Nous marcherions serrés, forts de notre « droit et de la puissance de nos principes. Si les tempêtes « éclataient à la vue des trois couleurs et se faisaient nos « auxiliaires, nous n" en serions pas comptables à l'uni- « vers. »

L'enthousiasme excité par ce discours guerrier futim-

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