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Histoire de dix ans, 1830-1840

Le 30 janvier L836, les portes du palais du Luxembourg s'ouvrirent pour un procès nouveau. La Cour des pairs allait juger l'assassin du 28 juillet el ses complices. Dans l'enceinte, el en avanl du bureau du greffier, on voyail étalés, entre autres pièces à conviction, une machine supportant desfusils inclinés, un tison, un poignard, un martinet à lanières garnies de balles de plomb, un gantelet de fer, une corde ensanglantée. La foule se pressai* dans les tribunes, partagée entre une sorte de curiosité sauvage el un profond sentiment d'horreur.

Lesaccusés furent introduits, ils étaient au nombre de cinq; mais il > en eut troisqui fixèrent plus particulièrement l'attention des spectateurs.

Le premier était un homme petit, impétueux dans ses mouvements. Son \is;i;r. défiguré par de récentes blessures, exprimait toul à la fois l'astuce el l'audace, il avail le front étroit, les cheveux courts, le coin de la bouche

relevé à gauche par u :icatrice, le sourire provocateur

el faux, la lèvre impudente. Il s'agitait beaucoup pour v. 1

î hi«toirf nr ni\ an-,

qu od ne remarquai que lui seul, insultant d'un geste familier ceui <|u'il connaissait, «•( jouissant ave- affectation de son odieuse importance

i e a '1 était un vieillard malade et blême. Toutefois,

.1 l'austérité de sa physionomie, à son œil plein d'une Qamme sombre, au calme implacable de sa face romaine,

• >i i devinait son cœur. H s'avança lentement, s'assil à la place - m-- donner le moindre signe d'émotion ; et . ii tète peni bée sur sa main amaigrie, il demeura immobile, le regard fixe, indifférent à ce qui l'entourait, et comme plongé dans la i ontemplation du monde intéi ieuj

Le troisième ne se delà hait de ses compagnons que par - de son abat tement

<>n procé la aux interrogatoires. Mai* avant d'aller plus loin, il faut reprendre l'affaire au point où nous avions dn la laisser >l ins le volume qui pré» ■

Lelecteui connaît les détails de l'horrible catastrophe qui, lo 38 juillet 1835, avait épouvanté Paris. Qui instants après i explosion, une jeune fille venant de l'hos pîce de la Salpétrièrc traversait le boulevard & la hauteur du lard in i ] Heur mortelle couvrait ses joues,

i-i son rare semblait intei nants avec

ise \i i ivée au n" 50, et apprenant que c était >l<' là

• I l i était partie i explosion, elle revint sui ses pas pn tammenl, regagna la Snlpélrière <-\ ne h j arrêta q temps nécessaire poui changer de vêtements RI le pleurait , elle tremblail . <■

et ou fi I i était la iu.uii.-ss,' de i aa« ivo

ii M i rhei un > ieux

Mon I I a m ml avait ou

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des relations fréquentes. Celui-ci la reçut affectueusement, la rassura, la conduisit dans un asile qu'il croyait sûr, et ne la quitta qu'après lui avoir promis de venir le lendemain. Il revint en effet suivi d'un commissionnaire qui portait une malle mystérieuse; et ce fut par là que tout se découvrit. Cette malle avait appartenu à l'assassin et avait été portée, quelques heures avant l'attentat, chez un ouvrier marbrier, avec ordre de ne la remettre qu'à Morey. On n'eut pas de peine à connaître l'itinéraire de la malle, par les commissionnaires auxquels elle avail été successivement confiée: et. le 3 août (1835), l'asile de Nina Lassave était envahi par les agents de la force publique. A leur aspect, elle essaya de se tuer: mais on enchaîna son désespoir. Mors elle tira de son corset une lettre qui contenait ces mots : » Vous êtes prié de ne plus « aller voir Nina: elle n'existera plus des ce soir. Elle « laisse dans la chambre la chose dont elle était déposi- « taire. Voilà ce que c'est que de l'avoir abandonnée. « Adieu, i Interrogée, NinaLassave refusa quelque temps de s'expliquer. Enfin elle avoua que c'étail Morey qui avail fait porter la malle chez elle, et que c'était a lui qu'était destine le lnllel .

Morey nourrissait contre les rois une haine contenue Ame violente et profonde dans un corps usé par l'âge, i1 parlait peu. et possédait celte sinistre puissance que donnent une passion unique et le mépris de lu mort. On l'arrêta, et il fut traîné devant le juge d'instruction. Mais la il se montra si impassible, si complètement maître de sa pensée, il répondit avec tant île s;me. froid aux questions dont on le pressa, que la justice le rendit a la liberté. Elle se ravisa bientôt : et, quand ell ■ se Dresenla pour la seconde

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fois, il lin ouvrît tranquillement sa porte et se livra de nouveau a ''!!<• avec une inconcevable sérénité.

i .c- restation la plus importante, après celle de More] . fui celle d'un marchand d'épicei ie nommé Pépin, homme excessivement timide et faible, mais qui avait été compromis dans les troubles de juin i-i qu'un solennel verdict d'acquittement n'avait pu protéger, depuis, contrelessoup-

; li police i ne fouille opérée dans sa maison et ru s,i présence par trois agents seulement, lui ayant fourni l'oc-

cas les'évader, il en profita Oùsecachait-il On l'ignora

long-temps ; <-t une fausse nouvelle, rapidement propagée par les journaux, le faisait déjè supposer hors du royaume, lorsquetoul-a coup M Gisquet reçut avis qu'on était sur la

du fugitif ; que sa retraite était sili ntreMeauxet

< oulommiers, dans i épaisseur de la forêt de < récj H ne tarda pas effectivement à être arrêté à Magny, où il fut trouvé en chemise, caché dans uni- fausse armoire, .m fond d'une ali "%•-. i'i troublé .1 un point qui louchait au délire,

Indépendan >nl des ouvriers B .m h Bescher, qui

ngurérenl au pro >•». on nui la m. un sur plusieurs individus dont "M ne devait plus entendre parler \ Péroi

1 1' exemple, dans la nuit «lu 30 au :ti juillet 1838 . on

loque, profitant du moment où une des portes s'ou vrail poui livrer passage à une diligence, un homme -m troduisil furtivement il. m- la ville. H était -mus chapeau, sans papiers ; on le mena ad chef de la gendarmerie, et hicntnt "h remarqua qu une de ses mains, qu il s'étudiait .1 1 .n lui . poi lait l empreinte d uue blessure qui semblait

i 11 une !«• I'- lona de laquelle il se serait laissé

glisser "n !■• dirigea sur Paris j m. us aucun m. lin- m' vint fortifie! '■ lu pothéac rti« -.1 . omplicilé

Cependant, les ténèbres qui avaient cTabord environné l'assassin commençaient à se dissiper. Il s'était donné d'abord le nom de Girard et s'était dit natif de Lodéve : sur l'indication de M. Olivier Dufresne. inspecteur des prisons. M. Lavocat fut appelé auprès de lui et le reconnut. Son véritable nom était Fieschi.

Doué d'uneénergie que servaient en lui les calculs de la bassesse la plus raffinée, et vaniteux jusqu'à la démence, cet homme avait contracte toutes les souillures. Condamné comme voleur et comme faussaire, après s'être battu bravement comme soldat, il était sorti des prisons d'Embrun, amant d'une femme dont plus tard il corrompit la fille. En lui tout apparaissait monstrueux, même son origine; car il était né en Corse, terre habitée par une race héroïque. et jamais pareil misérable n'appartint à si noble pays. Long-temps il traîna de ville en ville son inquiétude d'esprit, sa pauvreté intrigante et ses vices. Attiré à Paris en 1830, il j exerça, non sans intelligence, divers métiers dont sa fourberie accrut les profits, ("est ainsi qu'à l'aide de certificats supposés, il avait obtenu du gouvernement les faveurs réservées aux condamnés politiques. Sicaire en disponibilité, il lui arriva d'offrir à ceux dont le patronage s'était égaré sur lui, ses services meurtriers, \yanl vendu à la policeson a me et sou tuas, n se lit l hom ne des partis contraires, souffla la révolte, marcha (outre l'émeute un poignard à la main, et vécut en aventurier de carrefour jusqu'au moment où ses fraudes découvertes ne lui laissèrent que périls, opprobre el détresse Réduit alors à fuir un (bâtiment plein d'ignominie, abandonné par l'une des deux femmes qu'il flétrissait d'une affection incestueuse, déses] éré, furieux, impuissant pour tout, si ce n'est pour

I B1STOJKI H NX 1RS.

un crime, il médita quelque coup terrible.. Gomment il le

,. et comment sa rage fui trompée, nous l a\<«ns dit. il n \ a jamais eu peut-être '!■' Bcéléral complet i - i possédait une vertu, la reconnaissance. M. Lavocat, directeur de la maonfaclure des Gobelins . avait su le gagner en le traitant avec bonté dans les rapports qu'ils avait ut eus ensemble antérieurement au crime. On put juger, d'après les discours de Fiescbi, que, pour obtenir île lui des aveux, le plus sûr était de !<• soumettre à l'in- Ouence <!>• celui qu'il appelait son bienfaiteur. La Cour des pairs .i\ .1 1 1 confié i instruction a M. Pasquier et aux membres de la pairie par lui désignés m Lavocat fut pi ié M intervenir officieusement auprès du coupable Mis «ion lâcheuse qu'on ne saurait accepter, surtout dans un • i que le notre, -.ms encourir le blâme de l'opinion publique et blesser le plus susceptible de tous lesinslhx ta

ranl m Lavocat, Fiescbi se composa un rôle dont la suite dévoila bien l'hypocrisie il exagéra, il enfla d'une manière étrange l'expression de m reconnaissance; il l'é

•rgueilleusement , et il en vint ■ croire qu'elle lui sérail une sauve-garde Mors, pour que l'homme dont il attendait protection Bcqull la puissance el le crédil nèi ea

- il en fil le sauveur du roi ■ \u moment d'accom ptii le dessein ratai, disait il, j ai apen u mon bienfai

ir,Je ^ins troublé; et la mael abaissée de

deux "H ii ois pou< es, ■ m |ué le bul

Quant .ni\ révélations qu on lui demandait, il s j refusa d'abord Puis, abordant les demi confidences, il promena les Juge» instructeurs dans un dédale de contradictions, de subterfuges de réticences, de mensonges. On dut pen aei qu indini lement il man bandait le pris de tes aveux,

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