CHAPITRE IV
ministre, la mission pleine d'ignominie donnée à l'espioi Conseil. Mais ce qu'on peut justement et ce qu'on doit lui reprocher, c'est d'avoir accablé la Suisse, pays ami, terre de liberté, c'est d'avoir feint de prendre au sérieux des prétextés dont sa vive intelligence devinait bien le men- . el de s'être, par suite, associé aux entreprises des rois absolus contre le principe démocratique.
H finit, il est vrai, par s'en repentir, mais ce fut seulement lorsque l'affront l'ail au lils aîné de Louis-Philippe par la Cour de Vienne vinl enfin démontrer clairemen combien artificieuses étaient les caresses de M. de Melternich el ce qu'avaient d invincible- ses répugnances. H. Thiers voulu! alors remonter la pente. Vain effort! La situation, telle qu'il avait contribué ;'i la faire, l'ut plus forte que lui. cl. comme on va le voir, clic l'écrasa.
C'était la question espagnole qui devait renverseï M. Thiers. Or, voici quelle avait été, durant l'année 183(>. la situation de la Péninsule.
Elle se trouvai! gouvernée, au commencement de 1836. par H. Mendizabal, nature volcanique, tête pleine de combinaisons et d'expédients, homme sans égal en Espagne pour la \ ivacité du coup-d'œil el l'audace des entreprises, mais ne sachant ménager ni ses suci es ni la fortune aventurier brillant s'il eùl été dans une petite sphère, et. au pouvoir, révolutionnaire passionne, il avait d'ailleurs en lui loui ce qui parle puissamment aux hommes ras sei n l,l es : taille lia u le. regard de feu, geste décisif, faculté de s'émouvoir telle, qu un jour il lui arriva, en pleine iribi'iie. d'éclater en sanglots.
Éblouir les esprits par l'annonce d'un secret qui sauverait l'Espagne, obtenir de la Chambre îles procuradorèj
hi-iiur> nt m »s*
un rote de confiance, ordonner à tonl risque une levée de «-.•ut mille nommes, appeler la discussion sur un remaniement <\>- la i"i électorale, briser aux applaudissements du peuple l« première résistance des < ortès, mettre en vente \i~~- biens nationaux, autoriser le rachat des redevances appartenant aux communautés religieuses, décréter la suppression des couvents dans cette Espagne, ancienne patrie de l'inquisition, tout cela fui pour M. Hendizabal i affaire de quelques mois. \u sujel de la suppression il<->
• ouvents, on ;i*-i |ue, - élanl un *<>n- présenté ;i la régente < hristine, il lui dit, <-ii tirant -;i montre Madame,
des courriers sont disposés sur toutes les routes. IK
• partent dans une heure, si la i égente daigne adhérer ;'i la mesure que je propose, el dans le cas contraire, il
rendait >»>ii portefeuille, Christine signa le décret, c'est a-dire toute i révolution
il était impossible qu'un pareil ministre ne fût i>;iodieux .1 la Gourdes ruileries; d'autant mn- les réformes pai lui tentées s accomplissaient au plus forl de l'étrange alliance contractée par le gouvernement français avec les i ours absolutistes, tussi, i endanl que notre ambassadeur à Madrid, M deRayneval. s'étudiait s desservir M Men dizabal dans l'esprit de la régente, "n le faisait accuaei ■> |>aris d'être vendu aux intérêts britanniques, <>n ne citait pourtant rien qu'il leui eût sacrifié; mais on s'armait contre lui des apparences il >■% .ni lonp temps vécu en
. m- il était servi par un domestique anglais, cei laines habitudes anglaises étaient les siennes, el il rece n.ui du Cabinet de mihi lames, pour combattre don i arioa des fusils, des munitions et de i ai enl
\u reste lai nurdes fuileries avait, pour perdre le ml
r.HAPITKF. 1\.
nislre espagnol, des motifs particuliers qu'il est hou de Caire connaître.
M Mendizabal — -et ce fut là de sa part une déplorable inconséquence — avait apporté au Pouvoir, avec le désir de révolutionner l'Espagne, relui d'y affermir la monarchie. Mais ce dernier résultat dépendait de la solution de trois problèmes : il fallait d'abord étouffer la guerre civile. en preservaul le trône de la trop grande popularité d'un général victorieux; prévoir ensuite le cas où la régence deviendrait vacante avant la majorité d'Isabelle: et, en troisième lieu, prévenir les difficultés diplomatiques que ne manquerait pas de soulever le mariage de la jeune reine. M. Mendizabal proposa secrètement à Christine de fondre les trois problèmes en un seul, par le mariage immédiat d'Isabelle. <>n n'aurail plus à redouter alors, pour la monarchie, l'ascendant d'un guerrier triomphateur, puisque le chef suprême de l'armée serait l'époux de la reine: la régence venanl à vaquer, l autorité se trouverait
fixée cidre les mains d'un prince place ;iu-dessus des rivalités de l'ambition ; et, quant aux complications matrimoniales à éviter, le mieux était de ne pas leur laisser le temps de se produire, en brusquant la solution.
Restait à choisir un prince en qui fussent réunies les diverses qualités que la situation réclamait, savoir: l'habitude des armes, pour qu'il pût se mettre à la tête des troupes; une grande naissance, pour que les souverains n'eussent pas de peine m l'agréer: une condition telle en Europe, que son mariage ne lii pas éclater la jalousie dord les puissances principales étaient animées l'une contre l autre; de la fortune, enfin, pour qu'on ne lui reprochât point d'eire venu s'enrichir en Espagne le prince qui,
i \i liendizabal, rénnissail toutes ces qualités, était le duc de l euchlemberg ' : il n'hésita pas i le propose) ■ < brislim.
La régente parut accueillir ce i lau avec branut. Mai- il lie pouvait réussir que par la promptitude et La sacral ili-> moyens >l exécution. Or, M de Raj tieval fui in>iniii de ta combinaison projetée, et e'en était assea pour qu'elle \ .. m\ de I ouis-Philippe, le <lu«- de Leuchkemberg avah an tort irrémissible, celui détenir i la Camille des Bonaparte M Mendiaabal avait, pai conséquent, alarmé un intérêt dynastique, et il ne fui paa long' temps a savoir queUe ialluenre minait ton crédit, quelles
mains sa chute. Donc, l'intervention fn lise,
qu'il repoussa il inmmc l'jqtagnol et révolutionnaire, M Iftendizabal «-ta il intéressé a la repousser aussi romane ministre.
il pourtant, de combien de maux la guerre civile n'a vail-elle pas accablé l'Kspagnu depuis l'avènement il<* M \l. h. li/. ii'. il i - artistes avaient perdu dftM
/mu. il. i arrégu) un homme aussi propre ■> organisai me armée qu •> la conduire a I ennemi, un soldai indomp table, .m cliel expérimenté, un héros liais quelque e que fol i etl 1 1 i>- 1 r»ur don i arlos, l insurrection s'était maintenu! sui son terrain et tortillée Campée, en 1 936, sur un territoire il un étendue de puai '!<• trente lieues compris entre les Pyrénées, I trga, l'Kbre
• i l'Océan, elle j occupait des posilious i liilahian
i| |i iv .lit sur mu- m. isse i • • ■ 1 1 1 >.t t ii' ili pri i de quarante mille bommea, el rayonnait buIobbi pu <ii" bandit hardiment rum mandées, ivres de fureur, torle*
I HAt'ITRR IV.
jiar l'audace, par I agilité, par la ruse, et. dont la trace sanglante étail partout marquée : en Catalogne, dans le bas Aragon, dans la Manche, dans la vieille Castille, dans la Calice dans les Asturies. Ainsi, point de batailles rangées, mais des attaques sans cesse renaissantes, des embuscades a chaque pas. des villes surprises, des villages pillés, d'épouvantables vengeances, des incendies, des égorgements. La vieille mère de Cabrera fusillée à Tortose, et aussitôt après vengée par le meurtre de vingt-quatre femmes que Cabrera lit fusiller à son tour, que faut-il de plus pour caractériser la lutte au sein de laquelle se débattait, meurtrie ei désespérée, une brave, une malheureuse nation? Encore si l'arène avait été circonscrite! Mais aux excès du brigandage armé qui pesait sur les campagnes, l'émeule répondait, du fond des villes, par des hurlements sauvages et d'allreux holocaustes. Pour soulever la multitude, il suffisait souvent d'un eri: morl aux. carlistes! Et à Barcelone, par exemple, on avail vu le peuple, dans la uuii du i janvier 1836, courir, à la lueur des torches, vers la citadelle, l'escalader, massacrer cent vingt prisonniers carlistes, et lancer du haut des remparts le colonel
Oïioiinell. donl le cadavre, traîné dans les rues au boni d'une corde, fut enfin brûlé sur la place publique au milieu des rugissements d'une foule en délire.
Comment couper court à tant d'horreurs? Comment sortir do la lice ensanglantée dan-, laquelle I Espagne tournait depuis si long-temps? Pour ceux que n effrayait pas l'importation des idées contre-révolutionnaires mûries à la Cour de France, la question n'était p.is douteuse, et ils invoquaient l'intervention a grands cris. Mais, sur ce point, M. Mendizalial n'était pas homme i fléchir. Tout ce
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qu'il •. étail décidé à vouloir, c'était le système de transf imitation, destiné uniquement a priver don Carlos des secours que les puissances «lu Nord lui raisaienl passer;
'•t i - ;i\oii> exposé les causes qui portèrent M. Thiers
i repousseï ce sj sterne dans sa dépêche du i s mars 1 836
Environ deux mois après l'envoi de cette dépêche, \l Mendizabal tomba victime de l'erreur qui lui avait lait
* i « ■ 1 1 nciliables le salul d'une révolution populaire el
i.i consolidation d'une monarchie; il tomba sous des intrigues de i our, malgré l'appui de la chambre des procuradorès. malgré les sympathies >lu peuple! M c'était \i Isturi'/ i|in gouvernail l'Espagne quand M, rhiera essaya de renouei par l'intervention cette alliance anglaise qu'il avait lui-même rompue
L'occasion semblait favorable Gagné par Christine, M. Isturiz. en arrivant au pouvoir, s'était présenté sana scrupule comme adversaire de Bes anciens amis et des principes soutenus par lui jusqu'alors, comme déserteur de la cause révolutionnaire, et enfin comme partisan de l'intervention m rhiera, en intervenant en Espagne, n'avait donc plus a craindre, ni de se heurter à un ministère hostile, ni d'allei prêter main-forte aux idées démocratiques
i i légi 'trangère composée de trois mille soldats.
avait été formée et destinée i secouru la Péninsule, \i rhiera résolut de porter cette légion .1 douce mille hommes, et de prolégei ainsi < hristined une manière plus
■ il ■ 11 1. iii.ni 1 nui cela faire entrai dans la légion
étrangère des soldat* d'élite, el la placei sous le comman .Lin nt d'un chef plein de nerf et d'audace m rhiera jeta 1rs \,u\ -H, m Bugeaud. dont il appréciait au plus haut