‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 3)Chapitre 6 sur 220 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

« pas? » On lui répond qu'il ne doit point s'y attendre. Alors, l'œil en feu, le visage crispé, le corps animé d'un mouvement convulsif, furieux, effrayant, il s'écrie : « Ah! « si M. Lavocat ne vient pas, je meurs damné! »

Trois voitures, qui devaient transporter les condamnés et les abbés Grivel, Gallard et Montés, leurs confesseurs, stationnaient dans la cour de l'Orangerie. Au moment où Fieschi montait dans celle qui lui était réservée, le colonel Pozac lui cria : « Fieschi. pense à Dieu, et souviens- « toi du soldat de (lacté. » Fieschi expliqua aussitôt a soi! confesseur qu'il s'agissait d'un soldat corse qui, au siège deGaete. avait déployé un courage prodigieux. Lui-même, au reste, il fit preuve, durant tout le trajet, de la plus grande intrépidité. Croyant la conserver, il avait tenu à la vie. mais, rendu à l'affreuse certitude, il contemplait la mort sans trouble. « Je devrais être superstitieux, di- « sait-il à l'abbé Grive] dans la voiture qui le traînait à « l'échafaud; car. lorsque j'étais en Calabre, une boni « mienne me prédit que je mourrais un jour guillotiné el « l'âme contente : elle ne m'a pas trompé. »

Vers huit heures, le lugubre cortège arrivait sur le lieu du supplice. Le triple rang de soldats qui en barrait l'entrée s'ouvrit pour livrer passage aux condamnés el se reforma. Pépin, Morej el Fieschi descendirent de voiture. Morey. courbé par les souffrances physiques, s'avançail à demi porté par deux gardes. Il leur avait dit : i Soûl .. moi . le cœui va, mais les jambes ne vonl plu- Les trois condamnés allèrenl se placer, 1rs mains liées der

riére le dus. au pied de l'instri ni du supplice, les

prêtres qui les assistaient leur donnant à plusieurs reprises le crucifix à baiser. En eel instant suprême, un

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