CHAPITRE II
Réaction de la politique du continent contre la révolution de juillet. — Causes générales de cette réaction. — Occupation de Gracovie par Us Autrichien», les Prussiens el les Russes; caractère politique de cette mesure. — Violaliun Vienne par les trois grandes Puissances continentales; silence de la France et de l'Angleterre. — Intervention en Espagne demandée au Cabinet des Tuileries par celui de Saint-James. — Le roi et M. Thiers insensiblement détachés de l'alliance anglaise; demande de lord Palmerston repousséc; l'alliance anglaise compromise ; triomphe delà diplomatie continentale ; première phase du ministère du 22 février. (To; -' >lu due d'Orléans a Berlin et à Vienne. — La main d'uni archidu chesse d'Autriche refusée au duc d'Orléans. — Entrevue fortuite entre ce prince et Marie-Louise.
La révolution de juillet avait tenu if monde en suspens. or. quel prodige qu'un semblable réveil tir la Million française ! Que vers la lin du dix-huitième siècle elle m- lïil montrée capable de tout faire trembler, de tout faire fléchir autour d'elle, au inoiiieiii même où elle portail allumé dans son sein le foyer de vingt guerres civiles; et qu'ensuite décimée par les batailles, décimée par les échafauds,à bout d enthousiasme révolutionnaire, de génie, il<' fureurs, die eût suffi, avec ce qui lui restait encore de fougue h de sang, a l'immense fatigue de l'Empire ei a ses miracles.. , n'j avait il pas déjà dans de tels témoignages de force un hsmv profondsujel d'étonnement pour le monde Vussi, lorsqu'en 1815. on avail vu la
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i noce tomber enfin d'épuisement aux |>ic»ls d'un roi rameoé par un million de soldats étrangers, on 1 a\;iit regardée comme uni- un ti nu lin ic il c'était après quinze an* d'une domination énervante, c'était lorsque, immobile, humiliée, bous le double joug des courtisans el des prêtres, elle paraissait morte à demi, qu'on venait de la voir «il i BSO -,■ relever tout-à-coup, plus que jamais remplie de jeunesse el de sève, ivre d'audace, le front rayonnant, et prête à fournir une Ibis encore aux peuples stupéfaits l.i preuve de son inépuisable vigueur!
En de telles circonstances, un grand homme ayant une dynastie a fonder n'avait, ce semble, qu'une marche à suivre.
Loin d'aspirer s l'anéantissement du génie révolutionnaire '■! démocratique, il se serait appliqué s le contenir en le dirigeant; loin de s'en faire un obstacle, il > an se rail i.hi un appui i i. après avoir «lit à la France « La
• liberté n'est possible qu'avec la paix renons l'Europe
■ en respect, mais gardons-nous de l'effrayer, et ne la
roquons pas . il aurait «lit .1 l'Europe • Rendes
■ ma dynastie populaire en ne refusant rien à monnaya
• de ce qui lui est dû légitimement, el résignes vous ■< rhonorei dans ma personne; car la tempête m'appar-
nt, el j<" puis, >\ un signe, donner une secousse aux
■ trônes Maître alors de la situation, el pouvant tout
.1 une part sui la 1 rance au moyen d< l 1 urope, de l autre -m l'Europe au moyen de la France, il se serait élevé peut être, dans son rôle de modéraleui . au dessus de la
gloire des plus illustres c |uérants, et, du ina au
tant que rela se peut dans une narchie, Il .mi. ni
(miilf l.i gmndeur de --.i m. use m mii pelle de >"i> p.iv •-
CHAPITKE II.
Ce fut une politique toute contraire que crut devoir suivre, dès l'origine, la royauté de juillet. Pour se concilier les puissances continentales, elle déclara au génie révolutionnaire dont elle était issue !a guerre la plus acharnée. Or, c'était se priver d'un appui pour acheter un patronage; c'était tomber du rôle de modérateur à celui de vassal : c'élail encourager dans les souverains d'injustes caprices, après avoir perdu la force qui aurait servi à y résister; c'était, enfin, pour ce qui concernait la dynastie à établir, la miner au dedans par l'impopularité et au dehors par l'indépendance. Double danger! double folie!
Et cependant, chose incroyable, les inspirateurs de cette politique sans intelligence s'étaient donnes pour des hommes habiles. Mais les faits ne permettent pas longtemps que les peuples s'abusent au poinl de prendre les calculs de l'égolsme pour de l'habileté, el la ruse pour du génie. La vérité est que l'égoisnie accuse un esprit borné encore plus qu'un cœur sec La ruse n'es! qu'un procédé de l'impuissance, qu'une ressource de la médiocrité.
Voilà ce doid M. Thiers put aisément se convaincre dès son avénemenl à la présidence du Conseil. A cette
époque, tout faisait silence autour du trône de l.ouis-
l'bilippe; plus d'insurrections, plus d'émeutes: l'assassinai étail descendu a 1 iesclii; la presse respirait a peine
sous les ims de septembre; la France étail calme jusqu'à l'abattement. Et qu'en résultait-il? Que les Cabinets de Saint-Pétersbourg, de vienne et de Berlin redoublaient, à l'égard de la Cour des Tuileries, de morgue, d'exigences
et de bravades. I>e suite que. place entre la l'rance révo-
lutionnaire el l'Europe monarchique, le gouvernement de
le m tu ws.
juiili't n'avait pu aSaiblir la première sans subir de plus en plus le despotisme insolent de la secondée! ses rasramai immortelles. Uwrdoos ce triste épisode tii- aotre
ln>l<>ire.
Dans l .i.in — .• votée par la Chambre des députes aa commencement de 1 année 1836, dont nous allons traçai la tableau, les aempatbies de la France pour la Pologne avaient été formulées d'une manière touchante quoique timide adoptant un amendement de M de Mornay, la ( hambre avait dit, è propos il>' nos relations extérieures: i ette heureuse harmonienous donne l'espoir que, il ae- ! avec la Grande-Bretagne et les Puissances dont les intérêts sont liés aux nôtres, vous pourrez, Sire, rétablir i équilibre européen, si né< essaire au maintien de « la paix, '-t que le premier gage i'n sera la conservation de l'antique nationalité polonaise, consacrée par les ■ traiti
I arolea exprimaient, avec une réserve convenable, laa roeui el les sentiments du peuple français Kllea ae faisaient, >l ailleurs, que répondre .1 un discours ad i>.ii l i'iii|>< 1 in r Nicolas .1 1.1 municipalité de Varsovie, discours plein de hauteur, plein d'emportement, et qau IxahisMil une pensée hostile au Cabinet dea ruileriea pendant, les Cours étrangères s'émurent, >'i aussi auda rieuses alors qu'elles l'étaient peu en 1830, ellea prirent ilution de bravei . pai une manifestation collective, 1 ne el la 1 ranot
ni, s.hi comment le congrès de Vienne, congrès de rois, lui le berceau de la république de t raeovie 1 1 uropeélanl
devenue, en 1816, uni- pi Baignante a partagei entre
1» fort», l Vulricbe el la Prusse se iliHputèrenl la
ciumiiE ii.
possession de Crarovie, dont elles avaient besoin toutes deux pour clore, l'une laGallicie, l'autre la Silésie. De son roté, le cabinet de Saint-Pétersbourg couvait d'un regard inquiet la ville en litige. On ne put s'entendre, et, pour que Cracovie n'appartînt à personne, on décida qu'elle s'appartiendrait. Ainsi érigée en république par l'égoïsme de trois monarques rivaux et jaloux, elle n'avait pas tardé à devenir, par ses institutions politiques, sou langage, ses croyances religieuses, son université, le sanctuaire delà nationalité polonaise. Neutre en 1830. et, en 1831, occupée, rançonnée, foulée aux pieds par le général Paidiger. elle avait recueilli et conservait les derniers débris de la Pologne accablée. Ce l'ut par la violation brutale de son indépendance que les Cabinets de Saint-Pétersbourg, de vienne et .le Berlin, résolurent d'insulter le gouvernement français.
Le projet d'occupation fut communiqué a M. île Broglie dans les premiers jours du mois de lévrier 1836. Il quittait les affaires, et il dut. par conséquent, se borner a recevoir la communication. Mais comme les Puissances du continent ne prenaient, pour agir, conseil que d'elles-mêmes, elles donnèrent sans plu-, de retard le signal (le L'insulte. I.e '■* lévrier, puisant un prétexte dans quelques trouhles éphémères dont la fête de l'empereur de Russie venait d'être l'occasion, elles sommèrent, parleurs rési- ■ leiiis. le Sénat de Cracovie d'expulser, dans le délai de huit jouis, du territoire de la republique, tous les réfugiés qu'elles tenaient pour dangereux, Polonais ou autres l.a résistance eut été insensée, i hésitation même était impossible, m. Wieloglowski, président du Sénat, se borna donc a représenter, dans une note suppliante, que, parmi
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les réfugiés qu'on Frappait d'un coup si terrible el si impréru, plusieurs avaienl contracté depuis long-temps i i irie des relations de ffcmille ou de rortune. Ne pouvait-on leur laisser, au moins, le temps indispensable au règlement de leurs affaires i es trois Cours forent inflexibles i <• délai de rigueur fui maintenu, et, comme il était insuffisant, dès le i " février, les soldats autrichiens entrèrent dans Cracovie les armes a la main el la menace -m le front.
< ■• lut un véritable scandale européen lamais les traités n avaienl été violés, •> la race du monde, d'une manière aussi brutale, it il esl à remarquer que le traité qu'on violait ici, c'était précisément celui sur l'inviolabilité duquel la Russie, la Prusse, I tutrii ne, taisaient repo ser leurs usurpations de 181 S i ar, pai i article 6 de I acte ■lu congrès de Vienne, < racoi ie avait été déclarée \ i lit* /< ndanle, ttrictement neutre, sous la protection des trois Puissances; et, pour ôter d avance tout prétexte .1 i.i mauvaise foi, on .in.ui bu soin <\ ajouter, dans l'article 'i. qu'aucune force militaire ne pourrait être introduite dans i.i ville, tout quelque prétexte que et fût \ la vérité, lr même article portail que Cracm ie ne donnerai! asile el protection, ni à des transfuges ou déserteurs, ni à des gens poursuivis pai la loi, appartenant bus trois Puissances i i i était -m ' ette < lause qu on osait - appuyer pour occu
pei militaire ni une ville indépendante ! Comme al dea
réfugiés pouvaient être confondus avei des malfaiteurs; rommo si la défense faite aux habitants de Cracovie de
recevoii pi i eui des iransfugea impliquai! le droll
d'envahii leui territoire alors qu un pareil envahissement bb trouvait interdit par les Irailéa eu termes ahaolua*, coin