‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 3)Chapitre 83 sur 220 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

pètes ; qu'elle était menaçante pour l'avenir, car elle tendait à concentrer dans une même famille et dans un pays morcelé par le principe de la division des héritages une puissance immobilière sans contre-poids; qu'elle était insolente, car elle allait contre l'esprit de la révolution de juillet, source unique de la majesté du trône nouveau; qu'elle étail absurde, car il y avait absurdité à doter héréditairement les fils d'un roi pourvu seulement d'une dotation viagère; qu'elle était contraire à la loi du -21 décembre 1790. portant : « Il ne sera concédé à l'avenir « aucun apanage en biens fonds 5 » qu'elle était contraire à la loi de I 832 sur la lislr civile, laquelle n'admettait que îles dots éventuelles et non des apanages, et encore dans le cas où /c <l<>iii<iinc /irirr serait insuffisant. Or. soutenir l'insuffisance du domaine privé eût été, selon M. de ( ormenin el d'après ses calculs, le comble de l'effronterie. Se demandant enfin à quel noble usage se pouvait employer le capital énorme dont les courtisans prétendaient gratifier le duc de Nemours, le hardi pamphlétaire ajoutait : « Avec les io millions de lia mbouillet . vous donneriez

« des bibliothèques populaires aux trente-huit millecom- " mîmes de France.

« Vous institueriez douze mille écoles de couture poui n les pauvres femmes de la campagne.

« Nous feriez les frais d'établissement de dix mille salles i. d'asile pour les petits enfants.

« Vous ouvririez dans trois cent cinquante villes des « refuges libres pour les \ ieillards des deux sexes.

" Vous empêcheriez de mourir de faim, pendant deux « mois delà saison d'hiver, trente mille ouvriers sans

n ouvrage.

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\<mi> fourniriez, pendant cinq ;m<. une pension <lf .. cenl Francs 1 cinq mille -i>lilat< ! >l (••;«■•;. estropiés ou ■ infirmes

C'étaient la des considérations toutes républicaines. Elles touchèrent néanmoins une bourgeoisie qui se croyait ■•i v,- disait monarchique. Ils ne comprirent pas, ces botnw geois inconséquents, qu'il esl dans la nature des choses qu'une royauté s'entoure d'éclat et pèse sur le peuple. Ils auraient désiré une royauté obéissante, modeste, vivant dé peu, mesurant avec sagesse ses demandes a ses i esoins, et, même alors ml volontiers à rendre des

com| tiimérique! Quand i>n -v-t avisé de i>la-

rci un homme sui ces hauteurs qui donnent le vertige, quand <>n lui i permis de regarder les générations à venir comme la propriété de sa race, quand on l'a déclaré in\i<v-

lable, quand on b osé <l le lui qu'il »r pouvait mal faite,

la folie esl grande de vouloir assigner des limites i son orgueil el i ses érigent es il raul le sulùr lel qu'on l'a fait, il faut, ou ne se point donner nn maître, nu s'entendre I

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M. h- la bourgeoisie voulait an maître qu'elle eût le droit d humilier au besoin i Ile salua donc de ses cris 1 1 lion du pamphlet lancé contre la loi d'apanage l<esureèa pamphlet lui prodigieux Vingt-quatre éditions le répandirent sous toutes les formes, il pénétra

dansl es les plus désertes, dans des chaun

umal n était entré Dans les villages du nord,

on montait lui les bornes poui le lire I la mule, quMI

nu. ni i radiiil dans les lan^uos étrangères, il apprit

nia do I i urope que l'esprit d'aflranchissemenl vivait

i- n dans notre pays, contenu mais indompté Le

ll'l'IKE Ml.

triomphe de M. de Cormenin s'accrut des-colères qu'il déchaîna. Car les hommes de Cour se montraient furieux. sachant que. dans la circonstance, l'indignation était le meilleur moyen de flatter.

Depuis le rejet de la loi de disjonction, le ministère se traînait languissant et divise. Le soulèvement de l'opinion contre le projel d'apanage précipita la crise. EntreM. Guizot cl M. .Mole, c'était toujours la même rivalité, rivalité sourde et voilée par des égards réciproques, mais active, nourrie de fiel, excitée par un perpétuel contact, et sans cesse envenimée par les propos des subalternes. La situation était dure pour tous, pour M. de Gasparin, notamment. Écrasé en quelque sorte au ministère de l'intérieur, entreM. Guizot, qui l'accablait de sa protection, et M. Mole, qui le poursuivait d'une défiance implacable, il recevait le contre-coup de chaque combal que se livraient autour de lui les deux influences ennemies. Mais à mesure qu'il chancelait, les doctrinaires redoublaient de véhémence dans leur langage et de vivacité dans leurs attaques. Ils demandaient de quel droit on prétendait confiner dans le ministère de l'instruction publique, position évidemment secondaire, un homme aussi considérable que M. Guizot par son crédit sur les Chambres, par son talent . par sa

passion et ils auraient pu ajouter : par la place qu'il

01 cupail dans le> haines. C'était doue pour lui qu'ils réelaniaieni le ministère de l'intérieur, poste aussi bon à occuper que difficile à défendre. M Duvergier de Haunanne s'en ouvrit libremenl à M. Mole dens un entretien

qu'ils eurent un jour ensemble au jardin des Tuileries.

Mais celui-ci était bien résolu à ne pas céder. Et l'importance qu'il attachai I ■< ces vaines querelles d'amour-propre

HISTOI&I M IH\ \\^

était >i grande, qu'en racontant sa conversation avec M. Davergier à un de ses confidents, il s'échappa jusqu'à cette exclamation il urope a l»-s veux Bur nous ; elle • veul -iivoii qui l'emportera il»* M. Guizol ou il»' moi De sorte que, iluns un pays où s'étaient agitées les plus hautes questions chu puissent l'aire battre le cœur d'an peuple. dans un pays où 'les hommes avaient para sur i.i scène, vers la fin du dernier siècle, gouvernant au milieu des plus effroyables périls, dans l'unique intérêt d'une moitié du monde asservie par l'autre, et nuis souci de leur repos, de leur vie, de leur mémoire, tant il j avait en leui abnégation de profondeur et d'héroïsme !. .. dans ce même p.<\s. misérablement affaissé sous le régime constitutionnel . la vie publique n'était plus qu'un jeu d'enfants et le Pouvoir qu'une intrigue !

Pour compléter l'enseignement, remarquons que la ri valité des chefs les rendant esclaves <les inférieurs, ils n'avaient rien à refuser aux distributeurs de popularité, .m \ simples donneurs d'éloge M Loftve Weymar fut jugé apte aux fonctions diplomatiques poui avoir publié dans i.i Reçut du Doua (fondai un article plus favorable au président du Conseil qu'au minisire de I instruction publique De i.i. dans le camps opposé, nulle rumeurs, des exhortations, des menaces M Guizol souffrirait il plus Ions temps un pareil système d'attaques souterraines et ju'on marchât •■ la ruine de son influence par l'obscur « issrment de sa renommée ' Que lardait-il s rompre sve<

des collègues | rqui sa supériorité seule était uneol

fense? Décidez-vous, lui disait W. Berlin , et, si nm

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