‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 3)Chapitre 95 sur 220 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

narcliie en France n'avait pas perdu !e secret d'éblouir, pour accoutumer la nation à vivre de la vie de la royauté « Esl-ce que le plus simple bon sens, s'était écrié \vJovrk nal des Débats, ne fait pas comprendre que le peuple m a voulu honorer, dans la princesse Hélène, le choix du « roi. el donner une nouvelle preuve d'attachement à sa « dynastie libérale, un éclatant démenti à des passions « coupables? » Déclaration injurieusement naïve, qui trahissait le calcul politique caché au fond de ces fêtes dont la princesse Hélène paraissait dre l'objet et n'était en réalité que le prétexte !

Cependant, des Ici lies d'invitation, répandues avec une profusion réfléchie, venaient d'annoncer l'ouverture du musée de Versailles. I»ès ls::i-2. le roi avait conçu le projet de léguer aux siècles à venir, racontées sur la toile. taillées dans le marbre el rassemblées dans desplendides galerio. 1rs diverses époques de notre histoire. C'était là une. noble, une belle idée, et le roi avait mis à la réaliser une ardeur digne des plus grands éloges. <>r. I heure était venue pour lui de jouir de son ouvrage. I.e 10 juin, on vit se presser autour de ce palais de Versailles, réduit pendant si long-temps à la majesté de sa solitude et de son silence, des maréchaux, des membres de l'Institut, des ministres, des pairs de France, îles députés, des artistes, des généraux, des poètes, foule éliucclanlc el choisie. \ di\ heures du malin, les portes du palais s'ouvrirent, découvranl aux regards une immense série de tableaux, de portraits, de statues, l'histoire de France enfin écrite parles arts. Comment rendre l'eflel d'un pareil spectacle ? Ici, la succession des grands amiraux ei des connétables, depuis le maréchal Pierre jusqu'à Grau-

m RSTOIM DE Dl\ VN-.

■ h\ : la le siècle de l ouïs \i\ . dans îles salons que traversèrent tant de hardis capitaines, tanl d'hommes »K* génie, tanl de Femmes an sourire invincible, salons dorés o.'i le grand siècle semblait avoir laissé le reflet de ses guerres el le parfum deses amours; ailleurs, notre passé militaire depuis l'origine : les batailles gagnées, les Mlles prises d'assaut, les rivières passées a la nage -mis le feu de l ennemi, les joutes chevaleresques, les victoires navale-, tout ce qui fui accompli par l'épée entre Tolbiac el Wagram; a coté, dans la salle de 92, la levée en masse ■In peuple français, saisi d'une sublime ivresse, et, dans i indépendance de la patrie, courant défendre la liberté du monde : puis une incomparable épopée, l i mpire : puis la r,e tauration el ses pompes vaines : puis la révolution «le I830el ses prodiges tussi, combien de vieillards purent suivredesalle en Balle leur propre histoire! Combien, après s'être reconnus sous l'habit de soldats, dans les armées républicaines, purent se retrouver, en uniforme de général, haletant but la trace enflammée de leur empereur, ou assistant .m \ l'êtes «le son couronnement, ou portant le deuil de ses adieux! ■ efut donc une journée pleine d rm i

lions que celle où le mus le Versailles fut inauguré, i ■•

nu d'ailleurs, n avait rien épargné pour la rendre é< la tante el lui imprimer un caractère monarchique Le banquel préparé pour les visiteurs servit d'occaa I l 'étalage d unemagnifleeni edonl ilsso montrèrent aussi surpris que 'lia - H v eut ensuite, le long des galeries resplendissantes, une promenade aux flambeau* \ huit heures du soir, chacun avait pris place dans la salle de -!>•'■ ia< N-. et la représentation du Misanthropt rommen • .ni i ■• npeclai le fini, la toile du fond se leva, 1 1 nue

IMUP1IRE VIII

façade du château de Versailles apparut dans le lointain, et sur le piédestal de la statue équestre du roi ou lut : « A la gloire de Louis XIV ; » 11 avait pourtant révoqué l'édit de .Nantes, ce Louis XIV . et c'était devant une princesse luthérienne qu'on glorifiait sa mémoire!

Ainsi se termina une solennité dont la pensée mériterait d'être louée sans réserve, si des préoccupations personnelles et dynastiques ne s'y étaient pas trop étroitement associées au sentiment national. Peut-être aussi aurait-on dû choisir comme temple des souvenirs un autre palais que Versailles. Car enfin, Versailles désert. Versailles muet avait bien sa grandeur. Mianilotme. il parlai! au cœur du philosophe et du poète. L'herbequi poussai) dans les avenues d'un château bâti surla misèredu peupleétail une indication mélancolique mais éloquente. Quelle puissance d'émotion el quels enseignements dans ces vastes salles retentissantes el vides, dans ces dorures perdues.

dans ces glaces OÙ sciait mire le luxe d'un siècle et qui ne réfléchissaienl plus que le passage de quelque visiteur attristé! El le frémissemenl de ces vitres négligées par où

le vent silllait. el laspei I munir de la chambre OU

Louis \l\ avail dormi, el ers eaux croupissant au pied des .Nymphes ou des Triions ennuyés de leur solitude, el l'inutilité de ces ombrages qui avaient protégé des amours Funestes, el le délabrement de ce bel escalier de l'Orangerie sur le^ marches duquel avaient trainé les robes de Lavallière el '\<- Fontange : est-ce que toul cela n'étail pas le plus saisissanl des drames? Est-ce que toul cela ne nous montrai! pas réunies la philosophie de l'histoire el la poésie des souvenirs?

Muni qu'il en soit, les joies de la famille royale ne de-

2M BISTOIW ni MI UIS.

vaienl pas Être exemptes d'amertume; et l<' ilu<- d'Orléans eut le chagrin de n « >îr son mariage devenir, au sein des réjouissances populaires, l'occasion d'un affreux malheur. Le M juin, l'attaque simulée de la citadelle d'Anvers avail attiré devant ("École-Militaire le peuplede Paris. Or, - nde était la foule, que l'immensité du Champ-de- Mars pouvait à peine la contenir. Les choses se passèrent néanmoins dans un nuire parfait tant que dura !<• spectacle. Hais au moment où l'on s'ébranlait pour le départ, nu entendit, mêlés à des cris de rage, des gémissements

lamentables. Sur quelques i ts de la place h dans le

voisinage de certaines issues trop étroites, la multitude s'était subitement resserrée, entassée, amoncelée, renversée mu elle-même et des hommes dans la force de I Age, des femmes, des enfants, des vieillards périssaient étouffés misérablement Qu'on juge de la consternation de Paris ! Quiconque n'avait pas autour de lui tous ceux qu'il aimait

iei i ni trappe, i t, co leil arrive toujours, la renommée,

en exagérant la catastrophe, agrandissait les alarmes, tussi le gouvernement B'empressa-t il de faire publier dans les journaux les noms des victimes, appendice funèbre -m programme de lanl >l>- fêles! i e 15 juin, un bal

offert .1 la t Ile royale devait avoir lieu à i Hôtel-de-

Ville, Qui le rroirsil parmi les représentants spéciaux de la cité, plusieurs furenld'avis que les malheurs du Champde Mars n'étaient pas un raolil suffisant poui suspendre

les danses de i ui M ruel raffinement de Qal

lerie le duc d'Orléans répondit pai uno démarche d'une eusc impétuosité, i ntranl tout i coup dans la salle

■ ii l iseil municipal était rassemblé, il déclara d'un

h. n 1 1 .m ■! un geste passionnés qu il ne pouvait consen

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