‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 4)Chapitre 105 sur 174 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

cipale, un seul fut d'avis qu'il fallait prendre connaissance des dépêches. Elles furent renvoyées à lord Stuart sans qu'on eût brisé le cachet.

Tandis que, dans cette arène ouverte aux partis, chacun s'agitait au gré de ses désirs ou de ses croyances, c'est à peine si quelques voix s'élevaient pour faire retentir le nom de l'Empereur dans une ville qui avait été si long- temps remplie du bruit de ce nom. Deux hommes sans influence, sans réputation militaire, sans passé, MM. Ladvocat et Dumoulin, eurent un moment la pensée de proclamer l'Empire. MM. ïhiers et Mignet persuadèrent aisément à l'un que la fortune se livre à qui se hâte. L'autre parut en costume d'oflicier d'ordonnance dans la grande salle de l'Hôtel-de-Ville 5 mais M. Carbonel l'ayant prié poliment de passer dans une pièce voisine, il y fut renfermé et retenu prisonnier. Ainsi, d'une part, l'étalage d'un habit brodé ^ de l'autre, une espièglerie d'enfant, c'est à cela que devait se réduire la lutte entre le parti d'Orléans et le parti impérial ! Singularité historique dont le secret se trouve dans la trivialité de la plupart des ambitions humaines! Le hls de Napoléon vivait au loin. Pour <"eux qu'animait une vulgaire espérance, attendre, c'était risquer le bénéfice des premières faveurs, toujours plus faciles à obtenir d'un pouvoir qui a besoin de se faire pardonner son avènement. Pourtant, le souvenir de l'Empereur palpitait dans le sein du peuple. Pour couronner dans le premier de sa race l'immortelle victime de Waterloo, que fallait-il? qu'un vieux général se montrât à cheval dans les rues, et criât en tirant son sabre : Vive Napoléon II! Mais non. Le général Gourgaud fit seul quelques tentatives. Le 29 on l'entendit protester, à l'hôtel Lalïitte,

contre la candidature du duc d'Orléans ; et, dans la nuit du 29 au 30, il réunit chez lui quelques officiers pour aviser aux choses du lendemain. Conspirer en pleine révolution était au moins superflu. Mais il semble que les luttes civiles déconcertent les hommes de guerre. Napoléon, d'ailleurs, avait amoindri toutes les âmes autour de la sienne. Le régime impérial avait allumé dans les plébéiens qu'il éleva si brusquement à la noblesse, une soif ardente de places «t de distinctions. Le parti orléaniste se recruta de tous ceux à qui, pour ressusciter l'Empire, il n'eût fallu, peutêtre, qu'un éclair de hardiesse, un chef et un cri ! Parmi les généraux dont la fortune se liait aux traditions impériales, le général Subervic fut le seul qui se prononça pour la république dans les salons de M. Laffîtte^ seul, du moins, il fut remarqué. Ainsi tout fut dit pour Napoléon. Et quelque temps après , un jeune colonel au service de TAutriche se mourait au-delà du Rhin, frêle représentant d'une dynastie qui vint exhaler en lui son dernier souffle. A quelques lieues de Paris agité, Saint-Cloud présentait un morne et désolant spectacle. Au visage pâli des soldats, à leur affaissement, il était aisé de deviner ce qui se passait dans leur âme. Beaucoup d'entr'eux avaient laissé à Paris des parents, des amis : quel était leur sort.^ car on répandait de temj)s en temps des nouvelles funèbres ^ et de mystérieux émissaires, venus à Saint-Cloud par les voitures publiques , qui traversaient librement le pont de Sèvres, n'épargnaient rien pour pousser les troupes à la désertion. Tantôt c'était Paris qu'on livrait au pillage 5 tantôt c'était M. Laffîtte qui avait offert 14 millions pour racheter la ville. Au milieu de toutes ces rumeurs absur* des ou mensongères, les soldats se laissaient aller à un

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