CHAPITRE Vil
et remet à M. de Talleyrand un papier cacheté que celui-ci parcourt avec une légèreté vaniteuse, et rend presque aussitôt en disant : « Qu'il accepte. »
Quelques instants après, le duc d'Orléans rentrait dans la salle où il était attendu , et faisait connaître son acceptation aux députés impatients.
L'acte destiné à apprendre cette acceptation aux Parisiens était conçu en ces termes. :
« Habitants de Paris,
« Les députés de la France, en ce moment réunis à « Paris , ont exprimé le désir que je me rendisse dans (( cette capitale pour y exercer les fonctions de lieute- (( nant-général du royaume.
« Je n'ai pas balancé à venir partager vos dangers, à K me placer au milieu de cette héroïque population, et (c à faire tous mes efforts pour vous préserver de la guerre K civile et de l'anarchie. En rentrant dans la ville de Va- « ris, je portais avec orgueil ces couleurs glorieuses que « vous avez reprises, et que j'avais moi-même long- (( temps portées.
(( Les Chambres vont se réunir : elles aviseront aux (( moyens d'assurer le règne des lois et le maintien des <( droits de la nation.
(( Une Charte sera désormais une vérité.
(( Louis-Philippe d'Okléans. )>
Cette proclamation, si habilement rédigée, fut approuvée par tous les membres de la députation, hors M. Bérard. Portée à la Chambre, elle y fut lue au bruit des acclamations. Il fallait profiter de ces transports et engager irrévocablement la Chambre. M. Laflîtte prit la parole : (( Je ne rappellerai pas. Messieurs, dit-il, les mesures que
(( VOUS avez adoptées et qui ont assuré le salut du pays, (( mais je pense qu'il convient d'en faire l'historique, de « tout exposer avec précision et netteté. » La proposition de M. Laflîtte obtint l'assentiment unanime.
Quiconque aurait hésité compromettait son avenir dans le régime nouveau.
Mais que devait contenir la déclaration? Fallait-il y stipuler pour le peuple quelques garanties ? tel était l'avis de MM. Eusèbe Salverte, Bérard, Corcelles, Benjamin Constant. M. Augustin Périer prétendit que « ce n'était point « le cas d'entrer dans une discussion de principes qui « serait interminable. » Ce furent MM. Benjamin Constant, Bérard, Villemain et Guizot qu'on chargea de rédiger le projet. Les deux derniers, comme on l'a vu, n'avaient joué dans les trois jours qu'un rôle de conservateurs ; mais, voyant la balance pencher du côté du duc d'Orléans, ils n'en sentaient que mieux le besoin de se faire pardonner leur opinion de la veille. M. Guizot avait préparé d'avance le projet de réponse. C'était le programme de la bourgeoisie, et comme un appendice à la constitution de 1791. Voici les principes pour le triomphe desquels tant d'hommes du peuple étaient morts :
(( Français, la France est libre. Le pouvoir absolu levait « son drapeau. L'héroïque population de Paris l'a abattu. (( Paris attaqué a fait triompher par les armes la cause (( sacrée qui venait de triompher en vain dans les élec- (( tions . Un pouvoir usurpateur de nos droits, perturbateur « de notre repos, menaçait à la fois la liberté et l'ordre. (( Nous rentrons en possession de l'ordre et de la liberté. « Plus de crainte pour les droits acquis -, plus de barrière « entre nous et les droits qui nous manquent encore.