CHAPITRE Mil. 3G
selon son désir ^ mais son inquiétude était si grande, que. dans la soirée, il courut s'assurer lui-même au Moniteur de la radiation de son nom, qui fut remplacé par celui de M. de Broglie. Casimir Périer, cependant, comme il le prouva bientôt, n'était pas homme à repousser les avances de la fortune. Mais c'était d'un prince nouveau-venu dans la révolution qu'il attendait la réalisation de sa secrète es- ])érance. Ame ardente et pusillanime, que rongeaient et abaissaient à la fois les soucis d'une ambition pleine d'épouvante ! D'autres mirent plus de vigueur à leur abaissement, et se précipitèrent du moins la tête haute vers le pouvoir et la servitude.
Les choix faits par la commission municipale furent ratifiés au Palais-Royal^ mais, au dehors, on les commenta diversement. On trouvait en général fort singulier qu'un pouvoir d'origine révolutionnaire eût désigné, pour représenter la révolution, des hommes tels que l'abbé Louis et M. Guizot. 11 est vrai que, pendant les trois jours, le premier s'était posé chez M. Laffitte comme le financier de l'insurrection, avec un laisser-aller qui ne manquait pas de courage : il avait parlé hautement de certaines mesures à prendre pour lever des impôts, au cas où la révolution se prolongerait. Quant au second, sa part dans le mouvement n'était pas de nature à justifier son ambition. Toujours est-il que l'association de leurs noms à celui de M. Dupont (de l'Eure), si connu par ses luttes contre les Bourbons aînés, avait quelque chose de bizarre et d'inexplicable.
M. Dupont (de l'Eure) refusa d'abord. Il ne se sentait aucun goût pour le pouvoir, et sa modestie lui en faisait redouter le fardeau. Ce fut M. Laffîtte qui le détermina.
M. Laflîtte avait été depuis long-temps subjugué par le duc d'Orléans^ mais il s'était plus étroitement dévoué à lui depuis l'important service qu'il venait de lui rendre : d'abord, parce qu'il avait besoin de se grandir le plus possible dans la personne de son royal protégé^ ensuite, parce que c'est une des ruses de notre vanité de nous attacher à ceux qui nous doivent beaucoup, en raison même du bien que nous leur faisons. Mais, comme chez M. Laffîtte une extrême finesse d'esprit servait de tempérament naturel à la sensibilité d'un cœur très-chatouilleux, il était gagné sans être tout-à-fait convaincu, et séduit sans être trompé. Il chercha donc à se précautionner contre ses .propres entraînements en appelant auprès de lui un homme dont l'amitié fût courageuse et sévère. 11 ne pouvait mieux choisir que Dupont (de l'Eure), d'autant qu'aux yeux du peuple, l'adhésion d'un tel homme était, en faveur de M. LafTitte, une garantie, et, quoi qu'il advînt, une excuse.
De là l'insistance qu'il mit à faire accepter à son ami Je ministère de la justice. Il le suppliait, lui prenait les mains, qu'il serrait dans les siennes, et invoquait, à Tappui de sa prière, tout ce qui entraîne un homme généreux. M. Dupont (de l'Eure) céda enfin, et consentit à être présenté au lieutenant-général. L'accueil que lui fit le prince fut plein de bonhomie et de cordialité. Le nouveau ministre commença par exprimer la répugnance que lui inspirait la pratique du pouvoir. Il dit qu'il n'était pas homme de Cour- que ses habitudes, que ses affections, étaient républicaines. Le prince répondit qu'il n'y aurait iplus de Cour, et que, pour son compte, il regrettait de ne pouvoir vivre dans un pays républicain comme l'Ame-
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