‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 4)Chapitre 123 sur 174 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Ministère provisoire. — 31. LaffîUe y entraîne M. Dupont (de l'Eure). —Portrait de M. Guizot. — Fuite de Saint-f.Ioud. —Mécontentement des troupes. — La famille royale quitte Trianon; elle arrive à Rambouillet. — Séjour de la famille royale à Rambouillet. — Charles X confie au duc d'Orléans les intérêts de son petit-lils. — Anecdote caractéristique. — Sur une lettre affectueuse du duc d'Orléans, Charles X consent à abdiquer, et fait abdiquer le Dauphin. — Les courtisans se pressent autour du duc d'Orléans. — La commission municipale dissoute. — Visite à l'Hôtel-Dieu. — Le général Latour-Foissac apporte au Falais-Royal l'acte d'abdication ; on refuse de l'admettre auprès du duc d'Orléans. — Sensibilité de la duchesse d'Orléans. — Le duc d'Orléans repousse l'idée d'une régence; commissaires envoyés à Charles X ; scène de famille. — Retour des commissaires; changement dans les dispositions du duc. — Expédition de Rambouillet; son but; sa physionomie; aveuglement de Lafayette. — Le Palais-Bourbon dans la journée du 3 août. — Dispositions des troupes à Rambouillet. — Le colonel Pocque. — Charles X trompé quitte Rambouillet. — Charles X à Maintenon ; il donne ordre à ses troupes de faire leur soumission au lieutenant-général. — Retour de Rambouillet.

La journée du 31 était décisive. La révolution, trahie par les uns , abandonnée par les autres , venait de tirer d'elle-même un pouvoir assez fort pour la détruire. La commission municipale, cependant, était encore debout; mais on eût dit qu'elle était impatiente de se dissoudre. Parmi les membres qui la composaient, un seul, M. Mau-

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guin, s'exprima énergiqaement sur la nécessité de continuer le gouvernement populaire de rHôtel-de-Ville. Le courageux et loyal Audry de Puyraveau, en cette occasion, fut pris au piège de son propre désintéressement. « Il ne K faut pas qu'on puisse nous accuser d'ambition, disait-il « sans cesse », et il se réunit à MM. de Schonen et Lobau pour briser Tunique instrument de résistance que le duc d'Orléans eût désormais à redouter.

Toutefois, avant de décréter elle-même sa déchéance, la commission municipale se crut obligée de pourvoir à l'administration publique, et elle dressa la liste suivante : Sont nommés commissaires provisoires :

MM. Dupont (de l'Eure), à la justice 5

Le baron Louis, aux finances ^

Le général Gérard, à la guerre,

De Rigny, à la marine ;

Bignon, aux affaires étrangères :

Guizot, à l'instruction publique.

M. Casimir Périer étant entré dans la salle de délibération, le ministère de l'intérieur lui fut offert par M. Mauguin. A cette offre imprévue, M. Casimir Périer se trouble et balbutie une acceptation. Mais une heure après, il était auprès du secrétaire de la commission municipale, M. Bonnetier, implorant de sa générosité, de sa pitié, presque, la faveur d'un erratum au Moniteur. Il lui représentait que, ministre de Charles X la veille, il ne pouvait devenir, le lendemain même, celui d'une révolution faite contre Charles X-, et, en disant ces mots, il s'abîmait dans son désespoir. Ainsi cet homme qu'avait toujours possédé un orgueil dont la violence allait quelquefois jusqu'à la folie, était tout-à-coup devenu humble et suppliant. Il fut fait

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