CHAPITRE VIII
cevable confusion dans laquelle on laissait l'armé royale. « Personne ne commande, disaient-ils^ c'est i:out au plus « si quelques généraux viennent dun air indifférent se (( promener au milieu de nous, avec des épaulettes sur c( un habit bourgeois. Les services ne sont pas régulau risés ^ rien n'est tenté pour réparer les fautes qui ont (( jeté partout le découragement. Que veut-on faire de <( Tarmée? qu'on le dise. N'est-il pas temps que la vie des « Cours finisse, et que celle des camps ait son tour.^ » Un ordre de départ fut la seule réponse qu'on fit à ces plaintes militaires.
Bien qu'un nouveau ministère eut été nommé, les anciens ministres n'avaient pas cessé d'accompagner le roi et de délibérer. A Trianon, ils tinrent conseil. M. de Guernon-Ranville fut d'avis que le roi ne pouvait pas rentrer dans Paris avant la soumission des rebelles 5 qu'il n'avait plus qu'un parti à prendre : se retirer à Tours, y convoquer sur-le-champ les deux Chambres, tous les généraux, les plus hauts fonctionnaires publics, et les dignitaires du royaume. Selon M. de Guernon-Ranville , c'était le meilleur mojen de désorganiser Tinsurrection et d'en déconcerter les chefs. Cette opinion fut adoptée, et, en conséquence, on rédigea plusieurs circulaires. Ellesn'attendaient plus que la signature de Charles X, et' il se montrait disposé à la donner. Mais il changea tout-à-coup de résolution, et le fit savoir à ses ministres, qui, désespérés de tant de vacillations, déchirèrent les circulaires, dont le bassin de Trianon reçut les morceaux.
Il est certain que le roi ne pouvait se résoudre à prendre un parti. Le séjour de Trianon le retenait par mille liens, mais il y était environné de périls. Sur les instances de 1. 24
M. de La Rochejacquelin, et sur les avis inquiétants du général Bordesoulle, il se décida enfin à ne pas prolonger davantage cette première halte de la royauté. Le voyage de Rambouillet fut résolu, et les troupes durent se diriger vers Trappes. Elles se mirent en mouvement, après avoir déchiré les gibernes abandonnées par les déserteurs, et jeté dans le canal du parc plusieurs des fusils dont la plaine était jonchée. Le désordre de cette retraite nocturne ne peut se comparer qu'aux suites d'une véritable défaite. Artillerie, infanterie, cavalerie, roulaient pêlemêle dans les ténèbres, des coups de fusils tirés en l'air ou dans les bois, faisaient craindre à tout instant quelque attaque nouvelle. C'était plus qu'une retraite, c'était une déroute.
La famille royale, de sou côté, avait fait tous ses préparatifs de départ. Il avait été convenu que le général Bordesoulle resterait à Versailles à la tête de sa division; que le Dauphin irait coucher k Trappes, et enfin que Charles X partirait à cheval par une route, tandis que la duchesse de Berri et ses enfants prendraient en voiture une route différente, de manière, cependant, à le rejoindre au sortir des bois, sur le chemin de Rambouillet.
Avant de quitter Trianon, le roi y entendit la messe dans une grande pièce où se trouvait une chapelle contenue dans une armoire. Quant on vint l'avertir de l'heure du départ , on le trouva plongé dans un recueillement pieux et mélancolique. Il traversa les salles solitaires de ce palais de Louis XIY, marchant avec beaucoup de lenteur et se retournant de distance en distance, comme attendri par quelques souvenirs. Il était minuit lorsque cette famille condamnée arriva au château de Rambouil-